Le roi Magnus Jambes Nues
Traduction : Armanel-conteur
Magnus, petit-neveu d’Olaf le Saint, était roi de Norvège à l’époque où les rois norvégiens étaient seigneurs de Mann, et on l’appelait Jambes-Nues parce qu’il portait des kilts.
Il était le jeune roi le plus courageux et le plus beau de son temps; grand, fort et brillant comme une météorite. Il portait un casque et avait un bouclier rouge avec un lion d’or dessus. A sa ceinture il avait un épée parfaitement aiguisée avec une poignée d’ivoire incrustée d’or, et un javelot aiguisé dans sa main droite. Par-dessus sa cotte de mailles il passait une tunique rouge rubis brodée d’un lion d’or.
C’est lui qui a apporté la Coupe de Paix du roi Olaf sur l’île, et voici comment cela s’est passé.
I Un jour, Magnus était assis à table avec ses chefs et leur conversation portait sur le magnifique sanctuaire d'Olaf le Saint, qui était une merveille de sa sagesse. Ils parlaient entre eux de la légende selon laquelle le corps d'Olaf ne serait jamais détruit par la mort, mais resterait comme en vie et guérirait ceux qui prieraient au sanctuaire de toute maladie.
Magnus s’est moqué de la légende en prononçant ces paroles sacrilèges :
_ « Je suis comme Saint Thomas, je ne crois que ce que je vois:Que le sanctuaire soit ouvert afin que nous puissions tous voir par nous-mêmes si la légende est vraie. »
Quand ces paroles sont arrivées aux oreilles de l'évêque, tout le clergé a été horrifié et l’évêque a supplié le roi :
_ « Ô roi, ne commettez pas ce sacrilège, vous attirerez le malheur sur vous. »
Mais Magnus a ordonné :
_ « Que le sanctuaire soit ouvert immédiatement. Je ne crains aucun homme qu’il soit vivant ou mort. »
Sa volonté a été accomplie et lorsque le sanctuaire orné de joyaux a été ouvert, tout le monde a vu le corps de saint Olaf allongé intact et beau comme s'il était vivant, la coupe de Paix à coté de lui. Magnus a pris la coupe dans ses mains, mais a soudain été saisi d’une grande peur. Il est parti en toute hâte, en emportant la belle coupe de cristal qui se trouvait à côté du Saint.
La nuit suivante, dans son sommeil, Magnus a eut une vision : Le roi Olaf, majestueux et sévère lui disait :
_ « Je te donnes à choisir entre deux choses : soit perdre ton royaume et ta vie dans les trente jours, soit quitter la Norvège et ne plus jamais la revoir. »
II Quand Magnus s’est réveillé, il a appelé ses chefs et ses grands hommes pour leur raconter sa vision.
_ « Ô roi, ont-ils dit, effrayés. Quitte la Norvège au plus vite et garde ta vie et ta royauté. »
Alors, Magnus, qui était le dernier des grands Rois de la Mer, rassembla une flotte de 160 longs navires, chacun doté de vingt ou trente bancs de rameurs et d’étraves sculptées en forme de dragons. Il aimait la mer et, tel un vrai Viking, il disait :
_ « Je ne dormirai jamais sous un toit noirci par la suie ni ne boirai au coin du feu. »
Il s’est dirigé vers les Orcades qu’il a conquis ainsi que toutes les îles occidentales et est arriva à Mann. Il a fait escale à l’île Saint-Patrick et s’est dirigé vers le site de la bataille de Santwat près de Peel, qui avait eu lieu trois jours auparavant entre les Mannois du nord et ceux du sud. La beauté de notre île le fascinait, et il a décidé d’y habiter. Il a fait couper du bois par les hommes de Galloway afin de construire trois forts.
Dans l'un d'eux, près de Douglas, il a placé la Coupe de la Paix, car il savait qu'elle serait bien gardée par Lhiannan Shee, la Fée de la Paix qui ne la quittait jamais.
III Puis Magnus a fait voile vers Anglesey et sen prit possession, mais est rapidement revenu sur l’île de Mann, car c’était là qu’il se plaisait le plus. À son retour, il a envoya ses chaussures sales à Morrough, roi d’Irlande, avec ce message :
_ « Magnus Barefoot, roi de Norvège et des îles, t’ordonne de porter ses chaussures sales sur tes épaules à travers ta maison le jour de Noël dans ton état royal, et de reconnaître que tu tiens ton royaume et ton pouvoir du seigneur de Norvège et des îles. Et tu devras le faire en présence de ses messagers. »
Lorsque les Irlandais entendirent cela, ils furent furieux et indignés, mais le sage roi Morrough leur a dit :
_ « Non seulement je porterais les chaussures, mais en plus je les mangerai, si cela peut empêcher Magnus de ruiner une seule province d’Irlande. »
Le roi Morrough a donc porté les chaussures le jour de Noël comme Magnus l’avait ordonné. Il a traité les messagers avec honneur et les a renvoyé sur l’île de Mann avec de nombreux beaux cadeaux pour leur roi, avec qui il a conclu un traité de paix. Mais les messagers ont décrit à leur maître de la richesse des terres irlandaises et de la douceur de l’air, et Magnus gardait tout cela à l’esprit.
IV Après cela, le roi d’Écosse a envoyé un message à Magnus lui disant :
_ « Cesse de me faire la guerre et je te céderai celles des îles occidentales que tu peux contourner depuis le continent dans un navire à rames. »
Magnus a fait la paix à ces conditions et c’est ainsi que les rois nordiques ont gagné les îles du Sud, parmi lesquelles la péninsule de Cantyre parce que Magnus, assis à la barre, a fait passer son grand navire de guerre à travers la bande de terre qui le relie au continent. Ses vikings poussaient des cris de triomphe en tirant le navire, et leur jeune roi en rouge et or riait debout à la poupe.
V Mais pendant tout ce temps, Magnus ne pensait qu’à la conquête de l’Irlande. Il a navigué jusqu’à la côte de Down, qu’il a envahi et pillé. Magnus y a livré sa dernière bataille le jour de la Saint-Barthélemy1103.
La veille les Irlandais lui avaient promis de lui apporter du bétail pour ses troupes, mais comme ils n’étaient pas venus, il a fait débarquer ses hommes et les a conduit au sommet d’une petite colline dans la plaine de Coba. De cet endroit, Magnus pouvait voir tout le pays alentour, et bientôt il a vu un grand nuage de poussière se lever au loin. Certains de ses hommes pensaient que c’était une armée qui approchait, d’autres pensaient que c’était le troupeau de bétail qui arrivait. Ce sont ces derniers qui avaient raison, et lorsque le bétail leur a été remis, Magnus et ses hommes sont retournés vers leurs navires.
Lorsqu’ils
sont arrivés devant les marais, une bande d’Irlandais qui avait
monté une embuscade a surgit d’un bois voisin et les a attaqué.
Magnus a ordonné à Eyvinder, qui menait son armée, de sonner la trompe et de rassembler ses hommes autour de l’étendard royal. Eyvinder leur a ordonné de serrer les rangs et de se protéger avec les boucliers superposés, jusqu’à ce qu’ils atteignent le sol sec où ils seraient en sécurité. Ils sont arrivés à un vieux fort, mais les Irlandais les pressaient et ont tué un grand nombre d’entre eux.
Magnus appela alors un autre chef nommé Thorgrim :
_ « Thorgrim, traverse les lignes adverses avec ta cohorte et occupe la colline qui est en face avec tes archers jusqu’à ce que nous vous rejoignons. »
Thorgrim et ses hommes ont fait ce qu’on leur avait demandé et ont traversé les lignes ennemies. Mais une fois de l’autre côté, ils ont mis leurs boucliers sur leur dos et se sont enfuis vers les navires. Quand Magnus a vu cela, il s’est écrié :
_ « C’est ainsi que tu cours, lâche ? J’ai été fou de t’envoyer à la place de Sigurd, lui ne m’aurait pas abandonné. »
Magnus s’est battu comme un lion, mais il a eu la cuisse transpercée par une lance. Il l’a retirée et brisée sous ses pieds en criant :
_ « C’est ainsi que nous, jeunes guerriers valeureux, brisons ces lances. Combattez courageusement, mes hommes, et ne craignez pas pour ma vie. »
Ses hommes lui ont demandé de s'épargner, mais il a répondu :
_ « Mieux vaut pour un peuple avoir un roi courageux qu'un roi vieux ! »
Et en disant cela, il a trouvé la mort dans la bataille.