Le garçon Lutin
Patrick _ île de Man
Traduction Armanel-conteur
Il y avait une fois une femme nommée Colloo, de Close ny Lheiy, près de Glen Maye.Colloo avait accouché d’un garçon qui était tombé malade d'une façon étrange. A la naissance, il ne semblait pas avoir d'anomalie, mais il grandissait de plus en plus mal, nytng nyanging - (nuit et jour). Colloo était dans une grande détresse. Elle était allée voir toutes les magiciennes de l’île, mais les charmes avaient échoué, et elle ne savait plus quoi faire.
Il semblerait que lorsqu'il avait environ quinze jours, le bébé, (un garçon si beau pour son âge qu'’il n’y en avait jamais eu un semblable à moins d’ une journée de marche), a été laissé seul, endormi, pendant que sa mère allait chercher de l'eau au puits. Il semblerait aussi que Colloo avait oublié de coincer le drap sur le berceau, et que quand elle est revenue, l'enfant pleurait pitoyablement, et qu’elle n’a pu rien faire pour le calmer.
Et on dit aussi que c’est à ce moment précis que la chair a semblé fondre de ses os jusqu'à ce qu'il devienne aussi laid et aussi ratatiné qu'une grenouille desséchée.
Voilà, je vous ai tout dit, ou presque. Les gémissements du jeune garçon emplissaient la maison. Et cela a duré pendant quatre ans, le jeune garçon restait couché dans son berceau, sans le moindre mouvement de sa part, sans se dresser sur ses pieds, à pleurer pitoyablement. Colloo n'avait pas eu un jour de repos ni une nuit de sommeil complète pendant ces quatre années avec lui. Elle était épuisée et désemparée jusqu'à ce qu'un beau jour de printemps arrive. Ce jour béni était le jour où le vieux tailleur Hom Beg Bridson, s’est présenté à la maison pour proposer ses services.
Hom est mort maintenant, mais beaucoup de gens sur l’île de Man se souviennent encore de lui. Il était extrêmement sage, car il allait de maison en maison pour coudre et il apprenait à connaître les gens et ayant beaucoup de temps pour penser il cultivait aussi la sagesse.
Vous pensez bien qu’au cours de sa vie, le tailleur avait vu beaucoup de choses ainsi que beaucoup de méchanceté chez certains enfants et qu’il ne s’est pas laisser désorienté par ce petit garçon bizarre : Chaque fois que Colloo allait nourrir les vaches ou les cochons, le garçon levait la tête hors du berceau et faisait des grimaces au tailleur en clignant de l’œil, secouant la tête et en disant : « Tu as beau dire que tu as vu beaucoup de choses dans ta vie, tu ne devineras jamais qui je suis ! »
Un jour, Colleau s’est rendue à l’épicerie du village pour vendre deux douzaines d’œufs frais que lui avaient donné ses poules. Elle à dit au tailleur :
_« Hom ! Seriez-vous assez aimable pour surveiller le bébé afin qu'il ne tombe pas du berceau et ne se blesse pas pendant que je descends au magasinau village ? »
Quand Colloo est sortie sur le chemin, le tailleur s’est mis à siffler ;un petit cantique doucement tout en cousant.
_ « Arrêtez ça tout de suite », a dit une petite voix dure.
Hom, étonné, a regardé autour de lui pour savoir qui avait parlé. Comme il n’y avait personne d’autre il a compris que c'était l'enfant qui avait parlé.
« Chuttt ! Chuttt ! couchez tranquillement et restez sage », a dit Hom le tailleur en balançant le berceau avec son pied.
Et en balançant le berceau, il a sifflé l'air du cantique plus fort.
_ « Arrêtez ça tout de suite » j’ai dit, « et sifflez quelque chose de plus joyeux et de plus dansant », a dit le petit garçon, d'une voix moyennement sur un ton aigu.
_ « Oh, et que puis-je siffler pour te faire plaisir », dit le tailleur « Tiens, je vais te siffler une gigue ».
_ « Parfait, a dit le garçon,et est-ce que tu sais danser la gigue? »
_ « Je sais dit Hom. Et Toi ?Tu sais aussi ? »
_« Bien sûr, dit le garçon. Veux-tu me voir danser ? »
_ « Ce serait avec plaisir, dit le tailleur.
_Alors, descends ce vieux violon du mur, Hom, mon gars », dit-il, « et joue-nous «Tune y wheeyl vooar » « l’'air de la Grande Roue ».
_ « Oh, je vais faire ça pour toi, mon garçon et tu pourras entrer dans la danse», dit Hom le tailleur.
Hom est allé décrocher le violon du mur, puis il l’a accordé.
_« Hom, dit le petit garçon, avant de commencer à jouer, débarrasse-moi la cuisine, pousse la table et les tabourets contre le mur. Enlève tout et fais-moi de la place pour que je puisse danser au son de la musique. »
_« C’est comme si c’était déjà fait, a dit le tailleur.
Et Hom a débarrassé la cuisine de tous le meubles, puis il a entonné « Tune y wheeyl vooar ».
En un instant, le petit bonhomme ra sauté de son berceau sur le sol avec un grand « Youh! » et a commencé à voler dans la cuisine.
_ « Vas-y, Hom, et mets-toi face à moi, tape du talon et tambourine avec tes orteils . Bien joué, Hom, et mets toute ta force dans ton poignet, mon gars. »
Hom a joué de plus en plus vite, jusqu'à ce que le garçon saute aussi haut que la table. Puis avec un grand « Youh ! » il a sauté sur le buffet, et « Youh !! » sur le haut de la cheminée, et « Youh ! » il s’est mis à voler, à marcher, à faire le tour de la cuisine, à tourner et à avancer si vite que Hom avait le vertige à le regarder.
Puis le garçon tournoyait sur lui-même pour trouver un espace libre. Hom est monté sur la table dans le coin de la cuisine et a joué de plus en plus vite, et la gigue tourbillonnante devenait de plus en plus folle et plus rapide.
_ « Mon Gars ! » a dit le tailleur en jetant le violon par terre. « Je peux jurer que tu n'es pas l'enfant qui était dans le berceau ! Qui es-tu ? »
_ « « Youh ! » « Youh ! » Hom, je trouve que tu joues bien, » dit le petit garçon. « Joue pour moi, fais-le, fais-le, Hom. Continue à faire bouger ton poignet. »
_ « Chut, » a dit le tailleur, « voilà Colloo qui arrive. »
La danse cessa soudain et l'enfant a sauté dans le berceau.
_ « Continue à coudre, Hom ; et ne dis pas un mot », a crié le petit bonhomme, se couvrant de ses vêtements jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à voir de lui, sauf ses yeux qui luisaient comme ceux d’un furet.
Quand Colloo est entrée dans la maison, Hom le tailleur était assis en tailleur, tout tremblant, sur la table ronde, ses lunettes sur le nez, faisant croire qu’il était occupé à coudre. L’enfant dans le berceau souriait et pleurait comme d’habitude.
_ « Mais que diable! » « Quest-ce qui se passe ici ? Et comment peux-tu enfiler l’aiguille dans ce coin sombre, Hom Bridson, sans parler de coudre en plus. Tu me fais pitié», dit-elle en détournant les yeux de la pièce.
_ « Eh bien, Colloo tu pourrais sortir et ramener un panier plein de bonne tourbe et une poignée de fougère sèche. »
Colloo a apporté la tourbe et a jeté dessus un paquet de fougères.
Le tailleur a sauté de la table sur le sol, et il ne lui a pas fallu longtemps pour faire un bon feu qu’il a ensuite placé près du berceau.
_ « Tu vas mettre le feu à la maison, Hom, » a dit Colloo.
_ « Ne t’inquiètes pas, je ne vais pas mettre le feu à la maison mais je vais mettre le feu à quelqu’un qui le mérite, » a dit le tailleur.
L’enfant était penché sur le bord du berceau, les deux yeux sortis de sa tête, pour voir ce que le tailleur était en train de faire. Son hurlement plaintif se transformait en un appel à ses semblables pour venir le sauver.
_ « Je te renvoie à la maison, » a dit le tailleur en s’approchant du berceau.
Et il a étendu les deux mains pour prendre l’enfant et le mettre sur le grand feu de tourbe rouge.
Avant qu’il ait pu mettre la main sur lui, le petit bonhomme avait sauté hors du berceau et s’est dirigé vers la porte.
_« Pars vite car j’ai encore le dos de ma main et la plante de mes pieds pour te donner une correction ! » a dit Hom. « Si seulement Colloo n’était pas rentrée si tôt j’aurais pu te jouer encore un ou deux tours à ma façon. »
Puis la porte s'est ouverte avec fracas, comme si quelqu'un l'avait ouverte de l’extérieur, et le petit gars s'est enfui à la vitesse d’une balle de fusil. Colloo et Hom on entendit, dehors, un brouhaha de rires et de plaisanteries, ainsi que le bruit de nombreux petits pieds qui couraient.
Colloo est sortie de la maison, suivie de Hom ; ils ne virent personne, mais ils aperçurent une nuée de nuages bas en forme de mouettes qui se poursuivaient les uns les autres dans le Glen Rushen, et alors ils entendirent, au loin, des sifflements aigus et de petits rires méchants comme si on se moquait d'eux.
Puis, alors qu'ils se retournaient pour revenir à sa maison, Colloo a vu, juste devant elle, son propre enfant doux, rose et souriant, le pouce dans la bouche, couché sur un talus moussu. Et elle était la femme la plus heureuse du monde de de savoir que son enfant était sain et sauf et de retour auprès d’elle.