Le
BUGGANE
de la cascade de GLEN MEAY
Traduction Armanel-conteur
Le buggane est une créature fantastique du folklore de l'île de Man.
Le buggane prend les traits d'un ogre à taille immense.
Les bugganes sont réputés avoir les cheveux noirs, des griffes, des défenses et une large bouche rouge.
Comme ils peuvent vivre sous la terre, on peut les assimiler à des taupes géantes. Ils en diffèrent toutefois par leur intelligence et par le fait qu'ils s'adressent parfois aux humains.
Un buggane vit toujours en un lieu précis : une vieille ruine, une forêt, une chute d'eau, où il demeure jusqu'à ce qu'il en soit dérangé.
On dit d'eux qu'ils sont des êtres magiques, incapables de traverser de l'eau ou de fouler un sol sacré.
Il arrive que des fées les invitent à punir des personnes qui les auraient offensées.
Il était une fois une femme qui vivait près de Glen Meay. C’était la femme d'un homme de l'endroit, honnête, calme et travailleur. Ils n’avaient pas d’enfants mais et possédaient une jolie petite maison et un bout de terrain sur lequel l’homme faisait paître des vaches et quelques moutons et cultivait assez de pommes de terre pour passer l'hiver sans mourir de faim. Le terrain de l'homme avait une terre aride et il allait à la pêche pour améliorer son quotidien. Mais ils vivaient chichement malgré le travail dur que l'homme pouvait faire à la ferme et à la pêche. Et tout cela parce que la femme était paresseuse.
Car la femme aimait mieux rester au lit le matin que s'asseoir à son tabouret de traite ; en fait, les voisins disaient qu'elle usait plus de couvertures que de chaussures.
Bien souvent, son homme partait tôt le matin, aussi affamé qu'un faucon, sans avoir mangé un morceau de pain ou avalé une soupe. Un matin, quand il est rentré du travail pour son petit déjeuner, il n’y avait pas de feu – sa femme n’était pas encore levée. Et notre pauvre homme a été obligé de préparer son petit déjeuner avant de retourner à son travail.
Quand il est revenu pour dîner, tout se passa comme pour le petit déjeuner.
_ « Maudite soit sa paresse », pensa-t-il ; « pour me venger je vais lui jouer un tour. »
Et sur ce, il est allé chercher un tas de paille et a bouché les deux fenêtres de sa maison. Puis il est retourné à son travail.
Le soleil n’était pas encore couché quand il est rentré, le soir, à la maison. Sa femme était couchée dans son lit, attendant de voir le jour se lever par les fenêtres.
_ « Oh, femme », cria-t-il, « dépêche-toi de te lever pour voir le soleil se lever à l’ouest. »
La femme s’est levée d’un bond et a couru vers la porte juste au moment où le soleil se couchait, et cette vue l’a terrifiée : Le ciel tout entier ressemblait à un incendie, et elle a pensé que la fin du monde était arrivée.
Mais cela n’a pas suffit à lui faire changer de comportement, car le lendemain matin, tout s’est passé comme les fois précédentes, et l’homme a dit à sa femme:
_ « Kirry chérie, méfie toi, car un jour un Buggane viendra au petit matin te chercher et t’emporter si tu ne changes pas de comportement ! »
_ « Quel Buggane ? » demanda-t-elle.
_ « Ne fais pas l’ignorante , tu sais très bien de qui je veux parler. : C’est du gros gaillard noir et velu qui gît sous le Spooyt Vooar que je veux parler. »
_« Oh, oh, oh ! Tu as langue bien pendue, mon gars ; arrête un peu avec ton Buggane », cria la femme.
Ce soir-là, l’homme a quitté la maison pour aller à la pêche. La menace du Buggane a semblé faire de l’effet : A peine son mari parti, la femme a voulu de faire du pain, car il ne lui restait que le croûton du pain pour le petit déjeuner.
Mais si les êtres surnaturels ne supportent pas la paresse, ils ne tolérèrent encore moins que quelqu’un fasse cuire du pain après le coucher du soleil. Celui ou elle qui le fait subira leur colère.
Donc la femme s’est mise au travail pour faire cuire du pain d'orge et des gâteaux de farine. D'abord, elle est sortie chercher des ajoncs pour allumer le feu. Elle a fait glisser le verrou de la porte en entrant, afin qu'aucun des voisins ne la surprenne et ne crie au scandale pour avoir fait cuire après le coucher du soleil.
Elle a pris de la farine dans le tonneau et l’a posée sur la table. Elle a mis du sel et de l'eau dessus, puis elle a pétri la farine et l’a étalée avec ses mains pour en faire une galette aussi fin qu’une pièce de six pence.
Mais elle n’était qu’une boulangère de piètre qualité, de celles qui doivent utiliser un couteau pour réussir à faire une galette bien ronde. Elle avait retourné sa galette deux fois, puis l’avait enlevée et avait brossé la plaque de cuisson avec une aile d’oie blanche, et se concentrait sur la deuxième galette qu’elle était occupée à découper avec son couteau.
Juste à ce moment-là, elle a entendu le bruit de QUELQUE CHOSE de lourd qui s’approchait de la porte. Après quelques secondes, QUELQUE CHOSE a tâtonné près de la porte, puis QUELQUE CHOSE a frappé violemment à la porte, et une voix comme la voix épaisse et bourrue d’un géant s’est fait entendre,:
_ « Ouvrez moi la porte. »
Elle n’a pas répondu.
On a de nouveau frappé fort et la voix rauque s’est fait entendre à nouveau :
_ « Femme de la maison, ouvre moi la porte. »
Puis la porte s’est ouverte avec fracas et elle a vu une grande et vilaine bête (le Buggane) se précipitant en furie.
Sans même la saluer, il l’a saisie par son tablier, l’a balancée sur son épaule et s’est éloigné avec elle. Avant qu’elle ne comprenne ce qui lui arrivait, il l’a traînée à travers les champs jusqu’au sommet du Spooyt Vooar _ la grande cascade de Glen Meay.
Pendant que le Buggane courait sur la colline, la femme sentait le sol trembler sous ses pieds et le bruit de la cascade a rempli ses oreilles. Elle a vu le ruisseau se transformer en embruns blancs qui dévalaient des rochers. Quand le Buggane l’a balancée dans les airs pour la jeter dans le bassin de la cascade, elle a cru que sa dernière heure était arrivée.
Alors elle s’est rappelée le couteau qu’elle tenait à la main ! Rapide comme l’éclair, elle a coupé le cordon de son tablier et elle est tombée sur le sol, en se laissant rouler pour dévaler la colline.
Le Buggane, déséquilibré, est tombé la tête la première, dans le Spooyt Vooar. Il est tombé dans le bassin en faisant un bruit qu'on aurait pu entendre à un demi-mille de distance.
La femme l'a entendu pousser un rugissement de colère :
Rumbyl,
rumbyl, sambyl,
je pensais avoir une femme paresseuse,
et
je n'ai que sa jupe crasseuse.
Et c'est la dernière fois qu'on a vu ce Buggane dans la région !