LA FILLE DE LA MER 
 (HIGHLANDS.)

Proposé par Lord Blackwood
Traduction : Armanel - conteur


Il était une fois un vieux et pauvre pêcheur du nom d’Aonghas . L'année avait été mauvaise pour lui ,et c'est à peine si il avait pu prendre quelques poissons de temps en temps. Un jour qu'il était parti pêcher, à bord de son bateau il vit surgir des flots une Fille de la mer (Mermaid) qui lui dit:

« Que serais-tu prêt à me donner si je t'offre du poisson en abondance?

— Hélas ! répondit Aonghas , je ne possède rien, et je ne peux donc rien vous donner.

— Écoutes ; si tu ne possèdes rien, donne-moi ton fils aîné, répondit-elle.

— Ce serait bien volontiers si j'en avais un fils, mais je n'en ai aucun, et je n'en aurai jamais, car ma femme et moi nous sommes beaucoup trop vieux maintenant.

— Dans ce cas énumère-moi tout ce que tu possèdes. dit la Mermaid

— Je n'ai rien à part une vieille jument, une vieille chienne et une vieille femme; Voilà toutes les créatures qui m'appartiennent.répondit Aonghas

— Eh bien voila ce que je te propose ; prends ces quatre fois trois graines que je te donne et fais-en manger trois à ta femme cette nuit même; tu feras de même avec ta chienne et avec ta jument, enfin les trois dernières tu les planteras devant ta maison. Quand le temps sera venu, ta femme aura trois fils, ta jument aura trois poulains; ta chienne aura trois chiots, et trois arbres pousseront devant ta maison. Mais si l’un de tes fils venait à mourir, l'un des arbres se dessécherait. Maintenant, va, retourne chez toi et rappelle-toi ta promesse de me donner ton fils aîné ;je reviendrai le chercher quand il aura trois ans. En échange de ta promesse, tes filets regorgeront de poissons à l'avenir. »

Tout arriva comme la Fille de la mer l'avait dit. Mais quand la fin des trois ans fut proche, Aonghas devint triste et chagrin en songeant au terme fatal. Le jour venu, il alla à la pêche comme de coutume, mais il n'emmena pas son Craigh, fils aîné, avec lui.


La Fille de la mer se dressa au bord de sa barque et demanda à Aonghas :

_« As-tu amené ton fils avec toi?

— Non, dit Aonghas , j'ai oublié quel jour nous étions.

— Écoute, je ne sais pas si je dois te croire, mais je te donne quatre années de plus. »

Quatre ans plus tard, Aonghas laissa encore Craigh à la maison. La fille de la mer lui accorda un nouveau délai de sept ans. Aonghas en fut content, car il espérait qu'au bout des sept ans il serait mort, et qu’alors il ne reverrait pas la Mermaid.

Mais la mort semblait ne pas vouloir de lui et quand le terme approcha, Aonghas n'était pas sans inquiétudes. Son fils aîné lui demanda:

_«Père, pourquoi es-tu si triste?»

Aonghas ne voulait pas répondre, mais pressé de questions, il se décida à révéler à Craigh le pacte qu'il avait conclu avec la Fille de la mer. Son fils aîné lui-dit alors:

_« Arrête ce te tracasser, père; je vais faire en sorte que tu ne manques pas à ta parole.

— Jamais je ne consentirai à te livrer à la Mermaid même si je ne prends plus de poisson  de toute ma vie». reprit Aonghas

— Dans ce cas, dit Craigh, va chez le forgeron et demande lui de me forger une grande et forte épée afin que j'aille au loin chercher fortune. »

Aonghas se rendit chez le forgeron et celui ci forgea une belle et solide épée. Quand Aonghas revint avec elle, Craigh voulut l'essayer sur le champ et lui donna une secousse qui la brisa en cent morceaux.

_«Mon père, retourne chez le forgeron; dis-lui que je veux une épée deux fois plus puissante que celle-ci.»

Mais dès que Craigh l'eut entre les mains, il la rompit en deux morceaux. Aonghas retourna une troisième fois à la forge, et le forgeron fit une grande épée, plus belle et solide que celles qu'il avait jamais fabriqué.

_«Voici l'épée, dit le forgeron, mais il faudra que le poing qui maniera ce glaive soit solide.»

Aonghas donna l'épée à son fils .

_«Celle-ci fera mon affaire, dit Craigh; il est grand temps que je prenne la route.»

Le lendemain, Craigh sella un des chevaux noir qu'avait eu la jument, et son chien noir le suivit en courant. Il était à peine parti qu’il rencontra un mouton mort au bord du chemin. Un grand chien jaune, un faucon et une loutre étaient rassemblés autour du cadavre. Craigh descendit de cheval et partagea la carcasse entre les trois animaux. Le chien jaune le remercia:

_«Si jamais tu as besoin d’un pied agile ou d’un croc pointu souviens-toi de moi, je répondrai à ton appel sur le champ

La loutre lui dit à son tour: «

_ « Si tu as jamais besoin de quelqu'un qui sait nager et fouiller le fond d'un marais, souviens-toi de moi et tu me trouveras à tes côtés. »

Le faucon prit aussi la parole et dit:

_ « Si une aile rapide ou une serre recourbée t'est nécessaire, souviens-toi de moi, et je volerai à ton secours. »

Sur ces mots, Craigh poursuivit sa route, et il arriva devant le palais d'un roi. Il dit qu’il cherchait du travail ; on lui proposa de servir comme vacher et qu’il serait payé en fonction de la quantité de lait que produiraient ses vaches. Le premier jour, Craigh mena paître ses bêtes dans un pré où l'herbe était si maigre que lorsqu’il revint au logis le soir , leurs pis étaient presque à sec. Le pauvre garçon dut se contenter d’un simple bannock rassis.

Le lendemain, Craigh alla plus loin, et se retrouva dans un vallon d'une fertilité sans pareille. Le soir, il ramenait, son troupeau en marchant derrière ses vaches, quand, tout à coup un grand géant qui brandissait une épée s'avança vers lui:

_ « Hou! hou! fit le géant; il y a longtemps que mes dents se rouillaient et qu'elles attendaient de la chair fraîche; ce troupeau est sur ma terre, il est donc à moi! Si tu t’opposes à moi tu es un homme mort ! »

Craigh lui répondit:

_ «Tu es bien hardi de me parler ainsi et je me défendrai si tu m'attaques ! »

Sans plus attendre, il saisit son redoutable glaive et se porta à la rencontre du géant. Pendant le combat, son chien noir s'élança sur le dos du géant. Tout d'un coup, Craigh recula afin de prendre du champ et, d'un revers d'épée, il trancha la tête du géant, puis il sauta sur son cheval noir et galopa à la maison du géant. Les portes étaient ouvertes. Craigh entra et vit que la demeure regorgeait d'objets magnifiques, de vêtements de toutes sortes brodés d'or et d'argent, et de choses plus belles les unes que les autres, mais il ne toucha pas aux trésors du géant. A la tombée de la nuit, Craigh revint au palais du roi,. Et quand le bétail fut trait, il y eut du lait en grande quantité! En récompense, le jeune vacher put, ce soir-là, boire et manger tant qu'il voulut, et le roi témoigna sa joie de posséder un si fidèle serviteur.

Bientôt l’herbe du vallon se fit rare, Craigh alla plus loin, et vit un grand parc d'herbe bien grasse où ses vaches purent paître à loisir. Soudain un géant énorme et furieux, s'élança sur lui et croyait détenir la victoire, quand le chien noir lui sauta à la gorge. Craigh en profita pour trancher la tête du monstre, puis il se hâta de ramener ses bêtes à l'étable. Les vaches donnèrent du lait en abondance, et le roi se félicita de posséder un pareil serviteur.

Un soir que le jeune vacher revenait des champs, la laitière ne l'accueillit pas caussi chaleureusement que d’habitude. Le palais retentissait de plaintes et de lamentations. Craigh en demanda la raison. La laitière lui répondit:

_« Dans le lac il y a une grande bête à trois têtes à qui on livre une fille du pays tous les ans; et cette année le sort est tombé sur la fille du roi! Demain, au lever du jour, elle ira se livrer au monstre. Mais, heureusement, nous avons trouvé un prétendant qui est prêt la défendre

— Qui est ce prétendant, demanda Craigh.

— C'est un grand général, et le roi lui a promis la main de sa fille, s'il tue la bête! dit la laitière

Le matin, à l'heure dite, la fille du roi et le grand général allèrent à la rencontre de la bête. Mais dès que le général vit se dresser le monstre à trois têtes au-dessus du lac, il fut saisi de terreur et s'enfuit plus vite qu’il était venu.

Ayant plus de défenseur la fille du roi était effrayée et tremblante. Tout à coup, elle vit venir à elle un beau jeune homme monté sur un cheval noir. Il était merveilleusement vêtu et bien armé; près de lui sautait son chien noir.

_ « Tu me sembles bien triste, jeune fille, dit le jeune homme ; que fais-tu là?

— J’attends le mort! répondit-elle, bientôt je n'y serai plus en vie.

— Rassure-toi, je suis là pour te sauver reprit le jeune homme.

— J’ai déjà entendu ces belles paroles, et un héros tout comme toi s'est enfui?

— Celui qui livre le combat ne mérite pas le titre de héros ! » s'écria le jeune homme.

Ayant dit cela, il s’allongea sur le sol aux pieds de la princesse et lui dit:

_ « J’ai besoin d’un peu de repos, réveille-moi quand la bête s'approchera du rivage

— Comment ferais-je pour te réveiller?

— Il suffira que tu me passes au doigt l'anneau d'or qui est au tien.»

Bientôt la princesse vit venir le monstre. Elle retira l'anneau de son doigt et le passa au doigt de son défenseur qui s'éveilla, et alla au-devant du monstre avec son épée et son chien noir. Le fracas de la lutte était épouvantable; le chien se battait avec fureur, et la fille du roi se était paralysée par clameurs que poussait le monstre.

Parfois le jeune homme avait le dessus, parfois il avait le dessous; finalement, il parvint à trancher l'une des têtes du monstre. Le terrible dragon poussa alors un mugissement et il recula jusqu'au lac qu'il parcourut d'un bout à l'autre, puis il disparut en un instant

_«Ta force et la bonne fortune t'ont donné la victoire, s'écria la fille du roi; je suis sauvée pour cette nuit, mais la bête reviendra tant que tu n’auras pas coupé ses deux autres têtes».

Le jeune homme saisit la tête de la bête et la ficha sur une branche d'osier qu’il donna à la princesse puis il remonta sur son cheval pour aller rejoindre son troupeau. La princesse revint chez elle portant la tête du dragon sur son dos, mais quand le grand général la vit venir, il la menaça de la tuer si elle ne disait que c'était lui qui avait coupé la tête du monstre

_« Je dirais ce que vous voulez , dit-elle; d’ailleurs qui d’autre que vous aurait pu accomplir un tel exploit?»

Tous deux atteignirent la maison du roi, et le général portait la tête de la bête sur son 'épaule!

On fêta leur heureux retour avec beaucoup de joie.

Le lendemain le général et la princesse retournèrent au devant du monstre. En approchant du lac, ils entendirent le fracas des vagues que soulevait le monstre; à ce bruit, le général s'enfuit et l'homme au cheval noir accourut couvert d'un autre vêtement encore plus beau que celui de la veille. La princesse était heureuse de le revoir.

— « Je suis heureuse de te voir, dit-elle, j'espère que tu manieras aussi bien ta grande épée que hier! Viens près de moi et repose toi!»

Bientôt ils virent le monstre qui fulminait au milieu du lac. Le jeune homme se coucha aux pieds de la princesse et lui dit:

_« J’ai besoin d’un peu de repos, réveille-moi quand la bête s'approchera du rivage.

— Comment ferais-je pour te réveiller?

— Il te suffira d'attacher à mon oreille la boucle que je vois à la tienne! »

Il était à peine endormi que la princesse lui cria:

_« Lève-toi !lève-toi! mais il ne bougea que lorsqu'elle lui eut attaché sa boucle d'oreille.

Il vola à la rencontre du monstre et le tumulte du combat retentit. Ils luttèrent longtemps; mais, à la nuit tombante, le jeune homme trancha la deuxième tête du monstre. Il saisit la tête de la bête et la ficha sur une branche d'osier qu’il donna à la princesse puis il remonta sur son cheval pour aller rejoindre son troupeau. La fille du roi retourna au palais avec la tête du monstre. Le général vint à sa rencontre, s'empara de la tête, et lui ordonna de dire que c'était lui qui l'avait coupée.

_« Je dirais ce que vous voulez , dit-elle; d’ailleurs qui d’autre que vous aurait pu accomplir un tel exploit?»

Tous deux revinrent au palais du roi. Il y eut joie et réjouissance. Si le roi était plein d'espoir la première nuit, cette fois il était certain que le grand héros sauverait sa fille et couperait la troisième tête le lendemain

Le troisième matin, le général et la princesse retournèrent au devant du monstre. Le général se cacha comme les jours précédents. La fille du roi se rendit au bord du lac. Le héros au cheval noir parut et s'allongea près d'elle et lui dit:

_« J’ai besoin d’un peu de repos, réveille-moi quand la bête s'approchera du rivage.

— Comment ferais-je pour te réveiller?

— Il te suffira d'attacher à mon oreille la deuxième boucle que je vois à la tienne! »

Il était à peine endormi que la princesse lui cria:

_« Lève-toi !lève-toi! mais il ne bougea que lorsqu'elle lui eut attaché sa seconde boucle d'oreille.

Il courut à la bête. Le tumulte du combat fut plus horrible encore que la veille; mais après de grands efforts, il trancha la troisième tête. Il saisit la tête de la bête et la ficha sur une branche d'osier qu’il donna à la princesse puis il remonta sur son cheval pour aller rejoindre son troupeau. La fille du roi retourna au palais avec la tête du monstre. Quand le général et la princesse arrivèrent, tout le monde fut joyeux, et le roi déclara que le mariage de sa avec le général aurait lieu le lendemain.

Mais, le lendemain, devant le prêtre elle déclara qu'elle n'épouserait que celui qui serait capable d’enlever les têtes de leurs tiges d'osier sans les couper

_« Qui donc pourrait retirer ces têtes de la branche d'osier, si ce n'est celui qui les y a mises? »se disait-elle.

Le général essaya, mais en vain; tous ceux qui étaient présents en firent autant, mais sans réussir davantage. Le roi demanda alors si quelque autre voulait tenter l'aventure. On lui répondit que tout le monde avait essayé à l’exception du jeune vacher On alla le chercher et il détacher sans difficulté les têtes des branches d'osier.

_« Je ne comprends pas, dit la fille du roi; l'homme qui a coupé les têtes du monstre possède mon anneau et mes boucles d'oreille. »

Le vacher mit la main dans sa poche, et présenta les bijoux à la fille du roi.

_« Tu es bien celui qui m’a sauvée, tu seras mon mari,» dit la princesse.

Mais le roi ne voulait pas que ce soit un vacher qui épouse sa fille. Cependant il ordonna qu’on lui donne des habits dignes pour le mariage. En entendant cela, la princesse s'écria que son héros possédait un costume plus beau que tous ceux qui étaient dans le palais. Aussitôt Craigh revêtit les vêtements d'or du géant, et le mariage eut lieu cette nuit même.


Un jour nos jeunes époux se promenaient sur le bord du lac, quand tout à coup un monstre plus terrible que le précédent emporta Craigh. La princesse resta l’œil fixé sur le lac, paralysée par la terreur et aveuglée par les larmes. Alors qu’elle se tournait dans tous les sens pour chercher de l’aide, un vieux forgeron vint à sa rencontre et elle lui conta le malheur arrivé à son époux. Le forgeron lui dit que ce monstre était très cupide et lui conseilla d'apporter ses plus beaux bijoux là où le monstre avait enlevé son mari. Elle le fit, et, en effet , le monstre dressa la tête hors de l’eau et dit:

_ «Tu as de bien beaux, princesse.

— Mon plus beau est celui que tu m'as volé, répondit-elle. Rends-moi mon mari et je t'abandonne toutes ces richesses. »

Le monstre amena le jeune homme.

_« Rends-le-moi, s'écria-t-elle, et tu pourras emporter tout ce que tu vois. »

Le monstre y consentit et jeta Craigh sain et sauf sur la rive.

Quelques jours plus tard, les deux jeunes époux se promenaient encore au bord du lac ; la même bête enleva la princesse. Toute la ville fut en deuil cette nuit-là. Le vieux forgeron demanda à voir Craigh et lui dit qu'il n'y avait qu'un moyen de tuer le monstre.

_ « Au milieu du lac il y a une île. Dans l’île il y a une biche aux pattes blanches et fines, qui est très rapide à la course. Il te faudra courir après elle ; si tu l'attrapes, un corbeau s'envolera de son corps. Si tu attrapes le corbeau, il en sortira une truite et dans la bouche de la truite il y a un œuf, et c’est dans cet œuf que se trouve l'âme du monstre. Si tu brises l’œuf, le monstre mourra. »

Mais il était impossible d'atteindre l'île car le monstre faisait sombrer tous les bateaux qu'on posait sur le lac. Craigh lança son cheval noir au grand galop, et d'un bond franchit le lac, son chien noir fit de même. Quand Craigh aperçut la biche il lâcha son chien après elle ; mais quand le chien arrivait à la rattraper, elle s’écartait d’un grand bond.

_« Ah! Comme j’aimerais que le grand chien jaune de la carcasse soit ici!» cria Craigh.

A peine eut-il dit cela, que le grand chien jaune parut à ses côtés, et s'empara de la biche. Aussitôt un corbeau en sortit et s'envola

_« Ah! Comme j’aimerais que le faucon gris de la carcasse soit ici!» cria Craigh.

Et le faucon arriva, attaqua le corbeau et le jeta à terre. Aussitôt une truite sauta dans le lac.

_« Ah! Comme j’aimerais que la loutre de la carcasse soit ici!» cria Craigh.

Et la loutre sortit de l’eau avec la truite dans sa gueule; un œuf s'échappa de la bouche de la truite. Aussitôt Craigh s'élança et mit son pied sur l'œuf. Alors le monstre poussa un rugissement et s'écria:

_ « Ne brise pas cet œuf et je te donnerai tout ce que tu demanderas.

— Je veux juste que tu me rendes ma femme ! »

Quand elle fut près de lui, il lui prit la main, écrasa l’œuf avec son pied et le monstre expira.

Les deux époux s'en revinrent au palais, et il y eut fête et réjouissance cette nuit chez le roi


Bien plus tard, en se promenant, ils arrivèrent face à un petit château dans un bois près du lac. Craigh demanda à sa femme qui y demeurait. Elle lui répondit qu’elle ne savait pas et que personne n'approchait de ce château car ceux qui s’en étaient approchés n’étaient jamais revenus.

_ « cela m’intrigue beaucoup, dit Craigh; cette nuit j'irai voir qui est-ce qui l'habite.

— N'y vas pas, répondit-elle; aucun homme n'en est jamais revenu.

Mais il s’en alla vers le château.

Arrivé à la porte du château, une petite vieille à la voix doucereuse lui dit:

_« Bonjour fils du pêcheur ! je suis heureuse de te voir; c'est un honneur pour moi de recevoir un homme tel que toi. Honneur aux braves ! Entre le premier et repose-toi.»

Craigh passa devant la vieille qui sorti un glaive magique de sa manche, le frappa à la tête par derrière, elle le tua.

Cette nuit-là, tous les habitants du palais du roi furent frappés de douleur; et, au petit matin, il y eut aussi des pleurs dans la cabane du pêcheur car un des trois arbres s’était desséché . Le fils cadet du pêcheur, comprenant que son frère était mort, résolut d’aller le venger. Il sella le deuxième cheval noir et son chien noir le suivit. Marchant sur les traces de son frère, il arriva au palais du roi. Il

ressemblait tellement à son aîné que la fille du roi le prit d'abord pour son époux, puis elle lui raconta comment était mort son frère. Il décida d’aller au petit château de la sorcière, et il subit le même destin.

En voyant le second arbre se dessécher, le plus jeune des fils du pêcheur sauta sur le troisième cheval noir et son chien noir le suivit. Il arriva au palais du roi, où tout le monde le découragea d'aller chez la sorcière. Mais il n'écouta personne et se retrouva devant le château.

_ « Salut! fils de pêcheur, je suis heureuse de te voir; entre et repose-toi.

— «  Honneur aux anciens, vieille femme entre la première et je te suivrai »

La sorcière entra; mais dès qu'elle eut le dos tourné, le jeune homme tira son épée et lui trancha la tête.

Mais dans sa précipitation, l'épée s'échappa de sa main. Alors la sorcière ramassa sa tête et la replaça sur son cou. Voyant cela le chien noir sauta sur elle, et elle le frappa d'une baguette magique qui le fit tomber à terre. Le jeune homme suivit la sorcière, et, s'emparant du glaive magique, il lui trancha la tête d'un seul coup, A ce moment, il vit par terre les corps de ses deux frères. Il les toucha avec la pointe du glaive magique, et ils se relevèrent aussitôt. Les trois frères firent le tour du château et firent une grande découverte! L'or, l'argent s’étalaient à profusion dans le château de la sorcière. Les trois fils du pêcheur revinrent ensemble au palais du roi, où on leur fit la fête. Le roi devenant vieux, on couronna Craigh afin qu’il monte sur le trône. Ses deux autres restèrent un an et un jour près de lui, et ensuite retournèrent chargés d'or, d'argent et de présents chez leurs parents.