La femme paresseuse

Traduction Armanel-conteur


Il était une fois une femme scandaleusement paresseuse. Elle était si paresseuse qu'elle ne faisait rien d'autre que de rester assise dans un coin du chiollagh pour se chauffer, ou d'aller dans les maisons pour écouter des nouvelles toute la journée.

Un jour, son homme lui a donné de la laine à filer pour lui ; il était terriblement mal vêtu car elle laissait ses vêtements s'abîmer. Il lui a demandé de bien vouloir les raccommoder même si cela devait la fatiguer, mais tout ce qu'il a pu obtenir d'elle a été :

_ « Traa dy liooar. » (Je n’ai pas le temps !)

Un jour, il est revenu vers elle et lui a dit :

_ « Voici de la laine à filer, et si ce n'est pas fait dans un mois à compter d'aujourd'hui, je te jetterai sur le bord de la route. Toi et ton Traa dy liooar m'avez laissé presque nu. »

Elle était trop paresseuse pour filer, mais elle faisait semblant de travailler dur quand son mari était à la maison : Elle avait pris l'habitude de poser le rouet sur le sol tous les soirs avant que son mari ne rentre du travail, pour lui faire croire qu'elle avait filé de la laine toute la journée.

Le mari lui demandait régulièrement quand la laine serait filée, car il comme il voyait souvent le rouet posé sur le sol et se demandait si elle en avait assez pour la porter au tisserand. Quand la dernière semaine est arrivée elle n'avait filé qu'une seule pelote de laine, et celle-ci était pleine de nœuds et aussi grossière que de l'ajonc.

Alors son mari lui a dit :

_ « Je vois souvent le rouet filer par terre quand je rentre à la maison le soir ; peut-être y a-t-il assez de laine filée maintenant pour que je puisse l'apporter au tisserand la semaine prochaine ? »

_ « Je n’en suis pas sûre du tout», a dit la femme. Il n’y a qu’une chose à faire, comptons les pelotes de laine. »

Alors elle a eu une idée. Elle est montée dans le grenier et a lancé la pelote de laine à travers la trappe.

_ « Compte toi-même et renvoie-moi les pelotes», a-t-elle dit à son mari. Et aussi vite qu'il lui lançait la pelote, aussi vite elle la lui lançait de nouveau. Quand il a compté deux fois vingt pelotes de laine, elle lui a dit :

_ « Tout est là. »

_« Oh, mais tu as bien travaillé, » dit-il «  Je vais tout apporter chez le tisserand. »


Alors elle a paniqué car elle ne savait pas quoi faire pour se sauver. Elle savait qu'elle serait déshonorée si elle était découverte, mais elle ne trouvait aucune solution à sa supercherie.

C’est alors qu’elle se rappela du géant qui vivait dans un endroit isolé en haut de la montagne. Car elle avait entendu dire qu'il était un grand travailleur. Et la femme se dit :

_ « Je vais aller le voir »

Elle a pris la route tôt le lendemain matin, avec ses écheveaux de laine, et elle a gravi la montagne jusqu'à ce qu'elle arrive devant la maison du Géant.

_ « Que veux-tu, femme ? » demanda le Géant.

_« Je veux que tu m'aides," dit-elle.

Et elle lui a raconté l'histoire de la pelote de laine et tout, et tout, et tout ...

_ « Je te filerai ta laine, dit le géant, et je te la donnerai si tu es capable de dire mon nom quand tu viendras chercher les pelotes dans huit jours. Es-tu satisfaite ? »

_« C’est parfait ? » a dit la femme, car elle se disait que ce serait une chose assez étrange si elle ne parvenait pas à trouver son nom avant une semaine.


Vous pensez bien que la femme a essayé par tous les moyens de découvrir le nom du géant, mais elle avait beau se renseigner, personne n'en avait jamais entendu parler. Le temps passait vite et elle n'était pas plus avancée qu’au début. Enfin, le dernier jour arriva.

Or, il se trouve que son mari revenait de la montagne dans la soirée qui précédait ce jour fatidique, et comme il s'approchait de la maison du géant, il a vu qu’elle brillait de mille lumières, et il a entendu des chants, des rires et des cris de joie.

Alors il s'est approché de la fenêtre,et il a vu le grand Géant à l'intérieur assis à un rouet qui tournait comme le vent. Et les mains du géant volaient avec la laine d'avant en arrière et d' arrière en avant, comme l'éclair, et il criait au rouet :

_ " File, rouet, file plus vite ; et siffle, rouet, siffle plus fort ! "

Et tandis que le rouet tourbillonne de plus en plus vite, le géant chantait

" Snieu queeyl, snieu ; 'rane, queeyl, 'rane ;
Dy aooilley clea er y thie, snieu er my skyn.
Lheeish yn ollan, lhiams y snaie,
S'beg fys t'ec yn ven litcheragh
Dy re Mollyndroat my ennym !"

Ce qui veut dire

File, rouet, file ; chante, rouet, chante ;
Chaque poutre de la maison tourne au-dessus de ma tête.
Elle est pour moi la laine, pour moi le fil,
Car elle ne sait pas, la femme paresseuse,
Que je m’appelle Mollyndroat !


Quand le mari est rentré à la maison ce soir-là, il était en retard, et sa femme lui a demandé :

_ « Pourquoi es-tu si tard ? Dis-moi ce qui t’a retenu? »

Alors il lui a dit :

_ « Tu es douée pour filer la laine, mais je crois qu'il y en a un qui est meilleur que toi, après tout. Jamais de toute ma vie je n'ai vu filer un fil de laine aussi fin qu'une toile d'araignée, et je n'ai entendu un chant aussi beau que ce soir dans la maison du Géant. "

_Que chantait-il ?" dit la femme. Et le mari lui a chanté la chanson :

 " Snieu queeyl, snieu ; 'rane, queeyl, 'rane ;
Dy aooilley clea er y thie, snieu er my skyn.
Lheeish yn ollan, lhiams y snaie,
S'beg fys t'ec yn ven litcheragh
Dy re Mollyndroat my ennym !"

Je ne vous raconta pas la joie que la femme a ressentie quand elle a entendu la chanson !

_"Oh, quelle douce musique ! Chante-la encore, mon bon homme", dit-elle.

Et il la lui chanta encore, jusqu'à ce qu'elle la connaisse par cœur.

Tôt le lendemain matin, la femme paresseuse alla aussi vite que ses pieds pouvaient la porter jusqu'à la maison du Géant. La route était longue, et elle se sentait un peu seule sous les arbres. Alors pour garder courage, elle chantait pour elle-même :

Snieu, queeyl, snieu ; snien, queeyl, snieu
Dy chooilley vangan er y vffiey, snieu er my skyn.
S'lesh hene yn ofian, as lesh my hene y snaie,
Son shenn Mollyndroat cha vow eh dy braa. '

ce qui veut dire

File, rouet, file ; file, rouet, file ;
Chaque branche d’arbre, file au-dessus de ma tête.
La laine est à Lui, le fil est à moi,
Car le vieux Mollyndroat ne l'aura jamais.


Quand elle arriva à la maison du géant elle a trouvé la porte ouverte et elle est entrée.

_« Je suis revenue pour le fil », dit-elle.

_« Bien sûr, bonne femme », dit le Géant. « Si tu ne me dis pas mon nom, tu n'auras pas le fil - c'était le marché. »

Et elle a fait semblant de réfléchir :

_« Maintenant, quel est son nom ? Est-ce Mollyrea ? Non, ce n’est pas ça .», dit-elle, pour faire croire qu’elle ne le savait pas.

— Non, ce n’est pas ça, dit-il.

— Êtes-vous de la famille Mollyruiy ? dit-elle.

— Je ne suis pas de ce clan, dit-il.

— Est-ce qu’on vous appelle Mollyvridey ? dit-elle.

— Non, dit-il.

— J’aurais dit que votre nom est Mollychreest ? dit-elle.

— Vous auriez tort, cependant, dit-il.

_ Vous vous appelez Mollyvoirrey ? dit-elle.

— Eh non, ce n’est toujours pas bon, dit-il.

— Peut-être que votre nom est Mollyvartin ? dit-elle.

— Et peut-être que ce n’est pas du tout ça, dit-il.

— Les anciens disent qu’il n’y avait que sept familles vivant sur l’île à une époque, et que leurs noms commençaient tous par « Molly ». Et donc, si vous n’êtes pas une Mollycharaine, vous n’êtes pas du tout des raëls, les vieux Mannois.

_ « Je ne suis pas un Mollycharaine, dit-il. Maintenant, sois prudente, femme ; il ne te reste qu’une chance. Ta prochaine proposition sera la dernière. »

Elle a fait semblant d'être effrayée et a dit lentement en le pointant du doigt : «

S'lesh hene yn ollan, as lesh my hene y snaie,
Son shenn-Moll-YN-DROAT cha vow eh dy braa. »

La laine est à Lui, et le fil est à moi,
Car le vieux-Moll-YN-DROAT ne l'aura jamais.


Le Géant s’est mis dans une rage folle, et il a crié : 

_« Malheur à toi ! Tu n'aurais jamais découvert mon nom à moins que quelqu’un te l’ai soufflé. » 

_« Malheur à toi, mon garçon », dit-elle, « pour avoir essayé de voler la laine d'une honnête femme . 

_« Allez au diable, toi et celle qui a mouchardé », cria-t-il en lui jetant les balles


Et la femme paresseuse rentra chez elle avec ses pelotes de laine.


Je pense que vous voulez savoir si après cette mésaventure a changé et a sagement filé ses pelotes de laine : Eh bien  


c’est son problème 
et surtout pas le mien 
ni le vôtre.