Florence Wyndham

Bien que cette histoire ne fasse pas partie de légendes bretonnes, je ne peux pas m'empêcher de la glisser dans cette catégorie.
Cette légende (ou relation historique) m' a été transmise, au siècle dernier, lors d'une pérégrination sur les rives de la Severn Sea (fatale à Eric Tabarly) par W. H. (Ben) Norman grand quêteur de mémoires du Somerset.


Au seizième siècle, la pittoresque vieille ferme de Kentsford était la demeure de John Wyndham et de sa jeune épouse Florence.   
John était le fils aîné  de sir John Wyndham, des vergers Wyndham près de Williton.   
Florence était issue, également, d’une famille distinguée.   C’est son frère, Nicholas Wadham qui créa le collège Wadham à Oxford.  

Sir John et toute la famille fondaient sur Florence toutes leurs espérances pour perpétuer la lignée des Wyndham.



Leurs espoirs s’évanouirent quand, en 1559, Florence tomba subitement malade puis entra en coma. Le docteur local, appelé précipitamment à son chevet, se pencha sur elle, et ne percevant aucun pouls, déclara au mari désespéré que sa jeune femme était décédée.

Le caveau familial, sis à l’intérieur de l’église St Décuman, fut rapidement préparé pour les funérailles par le bedeau.   Cet homme avait, quelque temps plus tôt, aidé à la mise en bière de Florence, la jeune et adorée femme du Lord du manoir, et pu s’apercevoir que cette dernière serait enterrée avec tous ses bijoux.   
« Quelle pitié » pensait-il « tout cet or inestimable va rester sous terre, ne profitant à personne alors qu’il me serait tellement utile pour améliorer ma pauvre existence.»   Ces pensées firent leur chemin dans son esprit toute la journée et le bedeau céda à la tentation.

Le bedeau se rendit discrètement, à minuit, de Watchet à l’enclos paroissial et descendit les marches en pierre menant au caveau sombre et humide.   Allumant alors sa lanterne, il introduisit une clef rouillée dans la serrure de la lourde porte.   Un léger grincement l’avertit que la clef épousait bien le mécanisme et la porte s’ouvrit.   Le bedeau pénétra dans la chambre mortuaire quelque peu angoissé et hésitant, mais l’appât du gain fut le plus fort et il s’avança, posa sa lanterne, souleva le couvercle du tombeau et le posa contre terre.

Il retira rapidement les bagues des doigts blancs et glacés, mais l’anneau qui avait la plus grande valeur marchande, l’alliance de Florence, refusait d’abandonner la pauvre jeune femme.

Décidé malgré tout à entrer en possession de ce bijou, le voleur l’arracha violemment.   Ce faisant, il blessa l’annulaire de Florence et le sang jaillit du doigt.   Cet acte eut le mérite de relancer la circulation sanguine et notre « Belle au bois dormant » se réveilla.

 Florence se redressa et, assise dans son cercueil, regarda autour d’elle.   Son regard se posa sur le bedeau qui fut pris de terreur face à ses yeux hagards et s’enfuit à toutes jambes.   La maîtresse de Kentford, elle-même égarée, appelait à l’aide celui qu’elle prenait pour son sauveur et qu’elle voulait remercier, mais en vain;   Submergé par la terreur et affolé par un sentiment de culpabilité, le bedeau s’était enfui le long du chemin et s’était jeté dans un puits.

 La charmante jeune femme descendit de la bière, décrocha la lanterne, monta les marches et, traversant l’enclos paroissial, se dirigea vers la demeure conjugale.   Quiconque l’aurait croisé cette nuit là dans les prairies silencieuses de Snailhot, aurait été effrayé par son apparence:   Un fantôme, dans un suaire maculé du sang coulant de son doigt, éclairé par une lanterne vacillante.   Finalement Florence entra sur les terres du manoir, traversa la pelouse jusqu’au porche normand et souleva le loquet de la lourde porte. Trouvant la porte fermée, notre ressuscitée souleva le heurtoir à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’elle entendit un mouvement à l’étage.
Armanel - conteur ( http://armanel.e-monsite.com/ )

Depuis des heures, le propriétaire du manoir se morfondait sur son lit.   Peu avant les coups du heurtoir, il avait entendu son chien gémir, le portail de l’entrée s’ouvrir, et entr’aperçu une faible lueur s’infiltrer dans la chambre à travers les rideaux entr’ouverts.

Sa première pensée fut: « Quel esprit malin vient ainsi me torturer?   Ne peut on me laisser seul, au moins cette nuit, à épancher mon chagrin et avoir une dernière pensée pour mon épouse qui gît  dans le caveau à St Décuman? ».   Furieux, il se redressa et, dévalant les escaliers de chêne, saisit sa carabine puis remonta les marches à la volée. Il ouvrit la fenêtre et, brandissant son arme, se prépara à contrer cette intrusion.   « Qui va là?  Répondez ou je tire! »

Lady Wyndham recula vers le porche et s’arrêta au beau milieu de la pelouse.   Soulevant sa lanterne pour mieux montrer son visage, elle sourit à son mari.  Affolée par le côté tragique de la situation, Florence resta quelques instants muette, puis de sa douce et sensuelle voix elle répondit:   « S’il vous plaît ne tirez pas, c’est moi, votre femme, qui me présente à vos yeux, rendue à la vie de par la grâce de Dieu.    Descendez et laissez moi entrer, j’ai froid et ce suaire me glace le sang.   Hâtez vous je vous en prie!»

Convaincu qu’il était bien en présence de son épouse, le jeune seigneur descendit les escaliers plus vite qu’il ne les avait montés et, après avoir ouvert la porte, tomba dans les bras de Florence.   Puis, séchant les larmes de sa bien aimée, il la fit entrer et, avant même de se changer, notre héroïne lui raconta tout ce qui lui était arrivé.
Armanel - conteur ( http://armanel.e-monsite.com/ )

Bien avant l’aube toute la maisonnée fut avertie de ce qui se passait.   Le grand choc et l’explosion de joie qui s’ensuivit ne peuvent être retranscrits dans ces lignes, mais l’histoire ne s’arrête pas là.   En effet, peu de temps après cette nuit mémorable, Florence donna naissance à un fils.   C’est de celui-ci, prénommé John comme son père et son grand père, que la lignée des Wyndham actuels descend.   

Cette histoire extraordinaire qui s’est répandue dans tout le Somerset, voire au delà, est toujours vivante dans la mémoire des anciens.

Dans l’église de Sampford Brett, petit village distant de cinq kilomètres, un banc sculpté est réputé représenter Lady Wyndham, orante, remerciant Dieu de sa délivrance hors de la vallées des larmes et de la mort. (photographie de Gauche)

Arbre généalogique de Florence