MERLIN L’ENCHANTEUR
Armanel - conteur
Naissance de Merlin
Il était une fois, un homme qui avait sept fils et trois filles et possédait de grands troupeaux, beaucoup de chevaux et toute une armée de domestiques. Un jour que l’homme était parti avec sa femme et ses deux plus jeunes filles compter ses brebis sur la lande, un de ses vachers est arrivé en courant lui dire:
_ « Les taureaux et les vaches étaient au pâturage et les Saxons sont venus et les ont enlevés. Puis ont passé les vachers au fil de l’épée. Il n’y a que moi qui ai pu m’échapper”.
Il n’avait pas fini de parler qu’un garçon d’écurie arriva en courant et dit:
_ « Les Saxons ont mis le feu aux écuries et tous les chevaux ont péri. Les autres palefreniers ont été dévorés par les flammes. Il n’y a que moi qui ai pu m’échapper».
L’homme, sa femme et ses filles se dépêchèrent de rentrer. Ils n’avaient pas fait la moitié du chemin qu’un des bergers les rattrapa.
_« À peine aviez-vous quitté la lande que les Saxons se sont emparés du troupeau de brebis et ont passé les autres bergers au fil de l’épée. Il n’y a que moi qui ai pu m’échapper” ».
L’homme, sa femme couraient vers l’incendie. Une servante est venue à leur rencontre.
_ « L’incendie a gagné le manoir. Vos fils et votre fille aînée n’ont pu fuir à temps. Le bâtiment s’est effondré sur eux. Il n’y a que moi qui ai pu m’échapper». .
En entendant cette nouvelle, la femme est allée se jeter dans l’étang qui était tout près. L’homme avait reçu un choc si rude qu’il tomba raide mort.
Seules restaient les deux plus jeunes filles de la famille, Morvronn et Izelenn. Devant les malheurs qui les accablaient, Izelenn s’est révoltée contre le Ciel. Mais Morvronn ne cessait pas de chercher le réconfort dans la prière.
Un soir, Morvronn a entendu un oiseau lui adresser la parole:
— O princesse, tu es belle comme la rosée du matin. Quand brille le soleil, il est ravi. Qui donc sera ton époux ?
— Taisez-vous, répondit-elle, taisez-vous, vilain petit oiseau.
Si vous me parlez de mariage, parlez-moi du Roi du ciel.
Mais le petit oiseau la conduisit jusqu’auprès d’une fontaine qui était la demeure d’un duz (lutin). Morvronn s’est allongée sur l’herbe et elle n’a pas tardé à s’endormir. Pendant son sommeil une tourterelle voletait autour d’elle, effleurant son épaule, son front et son sein.
Lorsque Morvronn s’est réveillée , elle se sentait toute chose et s’est rendue auprès de Bleiz, (l’Homme-Loup), qui vivait là dans une hutte et n’avait pour compagnon qu’un loup gris apprivoisé. Elle lui a demandé ce qu’elle devait faire.
— Je crois que dans neuf mois d’ici tu mettras au monde le fils d’un Esprit Noir. Quand l’enfant sera né, il faudra le faire baptiser, ainsi il échappera au pouvoir du Malin.
Neuf mois plus tard, naissait le bébé le plus laid jamais vu sur terre : Son corps était entièrement couvert de poils. L’enfant se mit à rire :
— Taisez-vous, ma mère, ne pleurez pas, je ne vous causerai aucun chagrin. Sachez que les duz ne veulent que le bien des pauvres gens.
Morvronn en était stupéfaite stupéfaite :
— C’ est un prodige , qu’il parle déjà!
Un prodige, en langue bretonne, se dit « eur marz » et c’est pourquoi l’enfant a été appelé Marzin.( En Gallois, ce nom est Myrddin, qui se prononce à peu près à peu près « Merzlinn » qui a été transcrit Merlinus en latin, puis traduit en français, Merlin).
Bleiz, l'Homme-Loup, est accouru et a baptisé le petit Marzin. À peine baptisé, les affreux poils qui le couvraient tombèrent et il était devenu le plus charmant poupon qu’on puisse imaginer.
Merlin et le roi Vortigern
À cette époque, l’île de Bretagne (Angleterre), était envahie par les Saxons. Les Bretons défendaient leur terre et la première grande bataille a eu lieu, en 455, à Ailesford. Les Bretons étaient commandés par Vortigern, roi de la province de Powys, au Pays de Galles. Les envahisseurs avaient à leur tête le sinistre Hengist. Vortigern allait rejeter les Saxons à la mer quand il est tombé follement amoureux de la fille de Hengist, la belle Rowena.
Pour obtenir sa main, il a cédé à Hengist le pays de Kent.
Rowena a empoisonné Vortemir, fils de son époux, qui, avant de mourir, a maudit les Saxons et jura qu’ils ne pourraient rien contre les Bretons tant que ses propres os, la tête de Bran le Béni et les dragons d’or enterrés par Luz ( fils de Beli) demeureraient enfouis dans le sol de l’ile.
Alors Rowena a suggéré à Vortigern de sceller l’alliance avec les Saxons
en les invitant à un grand banquet en commun, la nuit de Noël, dans le grand cercle de menhirs de Stonehenge.
Elle plaça les convives en alternant un Breton avec un Saxon. Il y avait là les trois cents meilleurs guerriers de chacun des deux peuples. Sur le coup de minuit les menhirs sortirent à la fois de leurs trous et coururent boire aux rivières du voisinage. Au fond des trous on apercevait les os de Vortemir, la tête de Bran le Béni et les dragons d’or jadis enfouis par Luz.
Alors chaque guerrier saxon sort de ses chaussures un poignard et le plonge dans le dos de son voisin désarmé, Vortigern avait échappé au massacre, mais son peuple lui reprochait sa trahison. Pour se mettre à l’abri, il décida de se faire construire une puissante forteresse dans le Pays de Galles. La première enceinte était terminée et un étage de la tour était monté. Sept fois les travaux furent repris, sept fois ils furent détruits mystérieusement. Vortigern consulta son druide et ses bardes,
Ils se concertèrent donc, autour d’une table ronde, Ils déclarèrent que la forteresse ne pourrait tenir que si l’on en arrosait les fondations avec le sang d’un enfant né sans père. Non pas de père inconnu, mais sans père du tout.
Vortigern dépêcha aussitôt douze messagers à la recherche de cet enfant sans père. Un jour, deux messagers ont trouvé cet enfant :
— Comment t’appelles-tu, mon petit? .
— Marzin ab Morvronn.( Marzin fils de Morvronn)
— Cher petit Marzin, ça ne te ferait pas plaisir de venir avec nous à la cour du bon roi Vortigern ?
Marzin éclata de rire
_ « Croyez-vous que je ne sais pas pourquoi vous êtes à la recherche d’un enfant né sans père ? Le roi Vortigern veut répandre le sang d’un tel enfant dans les fondations de sa forteresse en haut de la montagne de Dinas Emrys.
Lorsqu’il arrivèrent à Dinas Emrys, le petit Marzin s’avança hardiment vers le roi Vortigern.
— Roi Vortigern, dit-il, je suis bien celui que tu cherchais. Je suis né sans père. Mais il ne te servira à rien de répandre mon sang. Car au-dessous des fondations, il y a une grande nappe d’eau dans laquelle il y a une conque gigantesque. Dans la conque, il y a deux dragons qui dorment, l’un rouge et l’autre blanc. À chaque pleine lune, ils se retournent, le couvercle de la conque se soulève, l’eau bouillonne et la terre tremble. C’est pourquoi la forteresse s’écroule.
A ce moment, on vit émerger de l’eau la tête du premier dragon, puis celle du second. Les deux dragons sortirent de l’eau, firent quelques pas sur l’herbe et se jetèrent l’un sur l’autre . Le combat dura tout le jour, toute la nuit et le lendemain jusqu’à l’heure de midi. Pendant un long moment, le dragon rouge sembla sur le point de succomber, Mais soudain, des naseaux lui sortit une grande flamme qui consuma le blanc. Après quoi, il se coucha et mourut à son tour.
Marzin dit à Vortigern que, maintenant, il pouvait faire construire sa forteresse.
— Mais, encore tout ému, peux-tu nous expliquer ce que signifie toute ceci. A demandé le roi,
— C’est bien simple. Le dragon rouge est celui du pays de Galles, le blanc celui des Saxons. Les Bretons seront finalement victorieux, mais il va falloir que tu laisses le commandement suprême au prince Uther Penndragon (Uther Tête-de-Dragon) qui infligera de grandes défaites à nos ennemis et arrêtera l’invasion aux frontières du pays de Galles.
Vortigern laissa Marzin se retirer dans la forêt de Brocéliande qui, à l’époque, couvrait une grande partie de l’Armorique intérieure.
Merlin et le roi Uther Tête-de-Dragon
Mais le roi Uther Tête-de-Dragon, voulait l’avoir pour barde à sa cour.
Un jour que ses hommes se reposaient sur le bord de l’étang de Paimpont, ils ont vu un bûcheron ‘à la chevelure et à la barbe hirsutes qui leur a dit :
—— Mes beaux seigneurs, jamais personne n’amènera Marzin à la cour , à moins que le roi Uther Tête-de-Dragon lui-même ne le vienne chercher ici.
Le roi Uther Tête-de-Dragon s’est rendu dans la forêt de Brocéliande. Il y avait , un vieux berger qui gardait un troupeau de moutons.
— Vieil homme, n’as-tu pas vu par ici un bûcheron à l’aspect sauvage?
— Il n’y a d’autre homme, par ici, que moi-même.
— Qui es-tu ? A qui sont ces moutons?
— Ils sont à un homme qu’un roi doit venir chercher aujourd’hui dans le bois. Et si le roi daignait venir en personne, je saurais bien le mener à celui qu’il cherche.
— Je suis le roi, dit Uther Tête-de-Dragon.
— Et moi, je suis Marzin, dit le berger.
A cet instant, il y avait devant eux, un jeune enfant semblable au petit Marzin bien des années auparavant.
“
Le roi l'emmena à sa cour où, sous l’aspect d’un homme . Il annonça au roi Uther qu’il lui naîtrait un fils, Arthur, qui serait la gloire de la Bretagne. Sa renommée s’étendrait jusqu’aux extrémités du monde et lui survivrait à travers les siècles.
Au secours des Bretons accourt le sanglier,
Il écrase du pied l’envahisseur étranger;
Qu’il soumet à son pouvoir les arrogants
A son pouvoir il soumet les îles de l’Océan,
« Il soumet les monts et champs
Des Saxons, Gaulois et Francs »,
Il inspire l’effroi à l’orgueilleuse Rome;
Il est béni du Ciel et admiré des hommes.
On chantera ses exploits
Mille et mille fois
Par toute la terre.
Mais sa fin restera un mystère ».
Cette prédiction s’est réalisée lorsque le jeune Arthur est monté sur le trône. Marzin a été son conseiller.
A la bataille d’Arderyd, de voir le sang couler à flots au- tour de lui et son meilleur ami, Gwendoleu, périr à ses côtés. Plantant là l’armée bretonne, il s’enfuit en courant jusqu’à la côte, ramassa une plume de goéland et souffla dessus pour qu’elle le transporte jusqu’en forêt de Brocéliande où il alla cacher son affliction au plus profond des halliers.
Merlin et Viviane
La bataille d’Arderyd se déroula en l’an 573. Marzin devait donc avoir quelque chose comme 125 ans, ce qui, même pour un enchanteur, commence à être un bel âge. Il avait perdu la raison et sa harpe d’or sur le champ de bataille d’Arderyd. Il chantait encore, mais uniquement de douloureuses lamentations:
« Je vois les animaux des bois
« Se creuser des logis dans les racines,
« Et moi je suis sans toit.
« L’arbre se dépouille et le sol se ravine,
« L’ours et le loup ne se couronnent plus de feuilles
« Le cerf, le daim, le chevreuil
« N’étalent plus le rose et blanc bouquet,
« Le bouquet de noces du printemps et du soleil.
« Plus de fruits brillants comme étoiles d’or et de vermeil
« Voici l’hiver et le glas sonne ;
« Le bûcheron et sa cognée ;
« Le froid tapis blanc de brume baigné.
« Que peut le pauvre Marzin
« Contre le destin ? »
Un jour, le vieil ermite Bleiz barra le chemin a un être couvert de poils, les yeux brillants comme ceux d’un loup.
— Je te l’ordonne, au nom de Dieu, dis-moi qui es-tu.
— Du temps que j’étais barde dans le monde, j’étais honoré de tous. Les rois du pays m’aimaient et les autres rois me craignaient. Maintenant, je suis un homme des bois et nul ne fait plus cas de moi. Les rois de Bretagne sont morts et les autres rois oppriment le pays.
— Pauvre cher Marzin! Il faut que tu saches qu’une source nouvelle fontaine vient de jaillir non loin d’ici. On l’appelle « fontaine de Barenton ».
Va boire de son eau et elle guérira ton esprit malade. Marzina bu l’eau et a recouvré la raison.
La nouvelle de cette guérison se répandit très vite dans toute la Bretagne. On lui offrit le trône de roi des Bretons. Mais il refusa, car, à plus de 125 ans, il se trouvait trop vieux pour faire un roi. Le bon ermite Bleiz insista alors auprès de lui pour qu’il entrât au couvent.
Mais il ne voulait pas se couper de ses amis, les druides et bardes tel Taliesin. Il préférait demeurer dans la forêt de Brocéliande.
Il y avait en Brocéliande, sur le bord d’un étang, un château, appelé le château de Comper, où vivait Viviane, fille du puissant seigneur Dymas et d’une fée. Passant près de l’étang de Comper, Marzin aperçut la demoiselle agenouillée au bord de l’eau. Marzin en devint follement amoureux. Et il savait très bien que s’il adressait la parole à la jeune fille, c’en était fait de lui. Sa raison lui conseillait de poursuivre son chemin.
Mais il n’écouta pas la voix de sa raison. Il prit l’aspect d’un beau jouvenceau et s’avança vers Viviane.
Il lui révéla qu’il avait le pouvoir de faire surgir un palais merveilleux. Comme elle le regardait avec de grands yeux étonnés, il coupa une baguette de coudrier et traça un grand cercle sur le gazon en prononçant de mystérieuse paroles. Aussitôt, ils se trouvèrent sur le perron d’un château magnifique entouré de jardins emplis de fleurs de toutes les couleurs et de fruits odorants.
Viviane prit la main de Marzin, et lui demanda quel était le secret qui lui permettrait de faire de telles merveilles. |
— Je vous apprendrai tous mes tours, promit-il.
Tous les jours qui suivirent, il revint continuer ses leçons et son élève se montrait la plus appliquée qu’un professeur eût jamais rêvée.
Mais un moment vint où Viviane demanda à l’enchanteur ce qu’il fallait faire pour changer de forme à volonté et pour endormir les gens. Marzin
était conscient du danger qu’il y a à confier de tels secrets. Mais il lui révéla les secrets.
Alors, elle lui demanda comment enfermer quelqu’un sans murs, sans bois et sans fer, seulement par enchantement. Il lui expliqua les gestes à faire et les paroles à prononcer.
Pour le remercier, elle l’invita à s’asseoir près d’elle, sous un buisson d’aubépine, et à poser la tête sur ses genoux. Elle lui caressa tendrement les cheveux mais, tout soudain, récita la formule pour endormir puiselle se leva et fit un cercle de son voile autour du buisson en redisant les paroles qu’il venait de lui apprendre.…
Quand Marzin se réveilla, il se trouvait sur un lit moelleux dans une chambre féérique. Il n’y avait point de murs autour de lui, cependant il &tait nfermé. Mais Viviane était près de lui et lui souriait.
— Mon âme, lui dit-elle, tu es désormais tout à moi. Jamais tu ne pourras sortir de cette prison invisible, moi seule aurais le pouvoir de t’en libérer. Marzin est toujours dans sa cage d’air, quelque part en: Brocéliande, et Viviane est à ses côtés.