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Le Fils du Roi d’Irlande

Traduction : Armanel – conteur



Il y a bien longtemps, en Irlande, alors qu’il neigeait, un fils de roi est parti chasser avec son fusil et son chien. 
Et il a tué un corbeau qui est tombé sur la neige.

Le fils du roi n’avait jamais vu un tel tableau : 


Jamais rien vu de plus blanc que la neige, 
Ni de plus noir que le crâne du corbeau, 
Ni de plus rouge que le sang qui coulait. 

Prenant cela pour un présage, il a décidé que de toute l’année à venir il ne mangerait pas deux repas à la même table, ni ne dormirait deux nuits dans la même maison, avant qu'il ne rencontre une femme dont:


Sa peau serait aussi blanche que la neige, 
Ses cheveux aussi noirs que la tête du corbeau, 
Et ses deux joues aussi rouges que le sang.

Une telle femme n’existait pas autour de lui. Mais bientôt il a appris qu’il en existait une qui vivait dans le monde oriental.

Aussi, il a pris un peu d'argent (vingt livres) et est parti pour sa quête.


Il ne s'était pas beaucoup éloigné de chez lui qu'il a rencontré un cortège funèbre, et a décidé de faire quelques pas en suivant le cortège. Il n'avait pas fait trois pas qu'un homme s’est approché et a déposé une reconnaissance de dette de cinq livres sur le cercueil. (Il y avait, alors, une loi en Irlande selon laquelle si homme avait une dette envers quelqu’un, les parents de cet homme ne pouvaient pas l'enterrer sans avoir payé ses dettes, ou sans obtenir l'autorisation de la personne envers qui le défunt était redevable).

Lorsque le fils du roi d'Irlande a vu les fils et les filles du défunt pleurer car ils n’avaient pas assez d'argent pour rembourser l'homme, il s’est dit :

_« C'est bien dommage que ces pauvres gens n'aient pas d'argent ».

Et il a mis la main à la poche et payé lui-même les cinq livres pour « libérer » le mort. Après cela, il s’est dit qu'il irait jusqu'à l'église pour assister à l'enterrement. Mais à ce moment-là, un autre homme s’est approché et a déposé une autre reconnaissance de dette de cinq livres sur le cercueil.

_ "Comme j'ai payé les cinq premières livres, je n’ai plus qu’à donner les cinq autres afin de permettre au pauvre homme d’aller dans la tombe." s’est dit le fils du roi d'Erin (Irlande).

 Il a donc payé les cinq autres livres, et il ne lui restait alors plus que dix livres.


Après l’enterrement, le fils du roi d’Irlande a rencontré un petit homme vert qui lui a demandé où il allait. Le fils du roi d’Irlande a répondu qu'il partait à la recherche d'une femme dans le monde oriental. Le petit homme vert lui a demandé s'il voulait un serviteur, et le fils du roi d’Irlande a répondu que oui, et a demandé quel serait le salaire qu'il demandait. Le petit homme vert a répondu :

_ "Le premier baiser de votre femme si jamais vous arrivez à la trouver."

Le fils du roi d'Irlande a accepté le marché.


Ils ne sont pas allés bien loin qu'ils ont rencontré un autre homme, son arme à la main, qui visait un merle qui volait très loin dans le monde oriental, afin de le tuer pour son dîner. Le petit homme vert a conseillé au Fils du roi d’Irlande de prendre cet homme à son service s'il acceptait de les accompagner. 
Le fils du roi d'Irlande lui a demandé s'il accepterait de l'accompagner.

_ "Je le ferai", a dit l'homme, " si j'obtiens un bon salaire."

_ "Et quel est le salaire que tu recherches ?"

_ "Un terrain pour bâtir une maison et un jardin."

_ "Tu l'obtiendras si mon voyage réussit."


Le fils du roi d'Irlande est reparti avec le petit homme vert et le chasseur, mais ils ne sont pas allés pas bien loin avant de rencontrer un homme avec l'oreille baissée vers le sol qui écoutait l'herbe pousser.

_"Ce serait bien de prendre aussi cet homme ton service", a dit le petit homme vert.

Le fils du roi a demandé à l'homme s'il voulait rentrer à son service.

_ "Je viendrai si j'obtiens un terrain pour bâtir une maison et un jardin."

_ Tu l'obtiendras de moi si ce que j'ai en tête réussit."


Le fils du roi d'Irlande, le petit homme vert, le chasseur et l’écouteur sont repartis, mais ils ne sont pas allés pas bien loin avant de rencontrer un homme, avec un pied posé sur son épaule, qui gardait un champ de lièvres, sans laisser entrer ou sortir un seul lièvre du champ. 
Le fils du roi lui a demandé :

_"Pourquoi as-tu un pied sur l'épaule comme ça ?"

_ "C’est tout simple ; si j'avais les deux pieds sur terre, je serais si rapide que je disparaîtrais immédiatement hors de ta vue."

_ "Veux-tu venir à mon service ?" a demandé le fils du roi.

_ "Je viendrai si j'obtiens un terrain pour bâtir une maison et un jardin."

_ "Tu l'obtiendras si je mène à bien ma quête."


Le fils du roi d'Irlande, le petit homme vert, le chasseur, l'écouteur et le gardien de troupeau, sont repartis, mais ils ne sont pas allés pas bien loin avant de rencontrer un homme qui faisait tourner un moulin à vent en soufflant avec une seule narine, son doigt bouchant l'autre narine.

_"Pourquoi as-tu le doigt sur le nez ?" a demandé le fils du roi d'Irlande.

_ "C’est tout simple ; si je soufflais avec les deux narines, je balayerais le moulin jusque dans les nuages."

_ "Veux-tu venir avec moi contre rémunération ?

_ "Je viendrai si j'obtiens un terrain pour bâtir une maison et un jardin."

_ "Tu l'obtiendras si la chose que j'ai en tête me réussit."


Le fils du roi d'Irlande, le petit homme vert, le chasseur, l'écouteur, le gardien de troupeau et le souffleur, sont repartis, mais ils ne sont pas allés pas bien loin avant de rencontrer un homme qui était assis sur le bord de la route et qui cassait des pierres à l’aide d’un seul talon et il n'avait ni marteau ni autre outil. Le fils du roi lui demanda pourquoi il cassait des pierres avec un seul talon.

_ "C’est tout simple ; si je les écrasais avec mes deux talons, j'en ferais de la poudre."

_ "Veux-tu travailler pour moi ?"

_ "Je viendrai si j'obtiens un terrain pour bâtir une maison et un jardin."

_ "Tu l'auras si ce que j'ai en tête me réussit."

Alors Le fils du roi d'Irlande, le petit homme vert, le chasseur, l'écouteur, le gardien de troupeau, le souffleur et le casseur de pierres sont repartis et ils ont rattrapé le vent de mars qui courait devant eux, et quand le vent de mars était derrière eux, il n’a pas pu les rattraper, même lorsque le soir tombait et que la fin du jour arrivait.





Le fils du roi d'Irlande regardait tout autour de lui mais il ne voyait aucune maison dans laquelle il aurait pu passer la nuit. Le petit homme vert regardait lui aussi et il a vu un château au loin. Quand fils du roi d'Irlande a annoncé qu'il ne savait pas où ils passeraient cette nuit-là, le petit homme vert a dit qu'ils seraient bien dans le château là-bas cette nuit-là.

Ils sont arrivés devant le château et le petit homme vert a tiré la chaîne de la cloche qui a fait un tel tintamarre que pas un enfant, un poulain, un pigeon, un cochon ou un blaireau ne s’est retourné trois fois dans son lit. Le géant qui habitait là est sorti et a dit:

_« Je sens l'odeur d’un Irlandais musicien et menteur couché dans mon petit lopin de terre. »

_ « Je ne suis pas un Irlandais musicien ou menteur. Mais mon maître est là-bas, au bout de l'avenue, et s'il vient, il te décapitera." a répondu le petit homme vert.

Et le petit homme vert grandissait, grandissait, jusqu'à ce qu'il paraisse aussi grand que le château. Le géant fut saisi de peur et dit :

_ "Ton maître est-il aussi grand que toi ?"

_ "Il l'est", a répondu le petit homme vert, "et bien plus grand encore."

_" Aide-moi à me cacher jusqu'au matin, jusqu'à ce que ton maître s'en aille", a dit le géant.

Le petit homme vert a enfermé le géant dans une armoire et est sorti chercher le fils du roi. 

Et Le fils du roi d'Irlande, le chasseur, l'écouteur, le gardien de troupeau, le souffleur et le casseur de pierres sont entrés dans le château et ils ont passé cette nuit, un tiers du temps à raconter des contes, un autre tiers à raconter des légendes et le dernier tiers à dormir.

Quand le jour s’est levé le lendemain, le petit homme vert a amené avec lui le fils du roi d'Irlande, le chasseur, l'écouteur, le gardien de troupeau, le souffleur et le casseur de pierres et il les a laissé au bout de l'avenue qui menait au château, puis il est retourné au château pour délivrer le géant.

Alors il a dit au géant que son maître l'avait renvoyé chercher le bonnet noir qui était à la tête de son lit. Le géant a répondu qu'à la place il lui donnerait un chapeau tout neuf s’il le voulait, car il avait honte de lui donner le vieux bonnet noir. Le petit homme vert a dit que s'il ne lui donnait pas le vieux bonnet noir, son maître reviendrait et lui couperait la tête.

_ "Il vaut mieux que je te le donne", a dit le géant ; "mais il faut que tu saches que quand tu le mettras sur ta tête, tu verras tout le monde et par contre personne ne pourra te voir."

Puis le géant lui a donné le bonnet et le petit homme vert est allé le donner au fils du roi d'Irlande.





Alors Le fils du roi d'Irlande, le petit homme vert, le chasseur, l'écouteur, le gardien de troupeau, le souffleur et le casseur de pierres sont repartis et ils ont rattrapé le vent de mars qui courait devant eux, et quand le vent de mars était derrière eux, il n’a pas pu les rattraper, même lorsque le soir tombait et que la fin du jour arrivait.

Quand le soir et la fin du jour arrivèrent, le fils du roi d'Irlande a regardé autour de lui et n’a vu aucune maison dans laquelle passer cette nuit-là. Le petit homme vert regardait au loin, et il a vu un château et a dit :

_ "Le géant qui est dans ce château est le frère du géant chez qui nous étions la nuit dernière, et nous dormirons dans ce château cette nuit."

Ils arrivèrent au château et le petit homme vert laissa le fils du roi d'Irlande, le chasseur, l'écouteur, le gardien de troupeau, le souffleur et le casseur de pierres au bout de l'avenue, et il est allé à la porte et a tiré la chaîne de la cloche qui a fait un tel tintamarre qu’elle n’a pas laissé un enfant, un poulain, un pigeon, un cochon ou un blaireau qui ne se retourna trois fois dans son lit. Le géant qui habitait là est sorti et a dit:

_« Je sens l'odeur d’un Irlandais musicien et menteur couché dans mon petit coin de terre. »

_ « Je ne suis pas un Irlandais musicien ou menteur. Mais mon maître est là-bas, au bout de l'avenue, et s'il vient, il te décapitera." a répondu le petit homme vert.

_ "Je vais t’avaler même si tu es trop gros pour faire une seule bouchée, et trop petit pour en faire deux", a dit le géant.

_ "Tu ne feras aucune bouchée du tout", a dit le petit homme vert, et il s’est mis à gonfler jusqu'à devenir aussi grand que le château. Le géant fut pris de peur et dit :

_ "Ton maître est-il aussi grand que toi ?"

_ "Il l'est", a dit le petit homme vert, "et bien plus grand encore."

_" Aide-moi à me cacher jusqu'au matin, jusqu'à ce que ton maître s'en aille, et tu auras tout ce que tu voudras." a dit le géant.

Le petit homme vert a caché le géant dans un grand chaudron et est sorti chercher le fils du roi. 

Et Le fils du roi d'Irlande, le chasseur, l'écouteur, le gardien de troupeau, le souffleur et le casseur de pierres sont entrés dans le château et ils ont passé cette nuit un tiers du temps à raconter des contes, un autre tiers à raconter des légendes et le dernier tiers à dormir.

Le lendemain matin, le petit homme vert a amené avec lui le fils du roi d'Irlande, le chasseur, l'écouteur, le gardien de troupeau, le souffleur et le casseur de pierres et il les a laissé au bout de l'avenue qui menait au château, puis il est retourné au château pour délivrer le géant et lui demander les vieilles pantoufles qui étaient sous la tête de son lit.

Le géant a dit qu'il donnerait à son maître une paire de bottes aussi bonnes que celles qu'il portait. Et à quoi lui serviraient des vieilles pantoufles ?

Le petit homme vert a dit que s'il n'obtenait pas les pantoufles, il irait chercher son maître pour qu’il lui arrache la tête.

Alors le géant a dit qu'il les lui donnerait, et il les lui donna.

_ "Chaque fois que tu mettras ces pantoufles et que tu diras ' Allons-y!' Dans n'importe quel endroit où tu auras envie d'aller, tu y seras." a dit le géant.




Le fils du roi d'Irlande, le petit homme vert, le chasseur, l'écouteur, le gardien de troupeau, le souffleur et le casseur de pierres sont repartis et ont marché jusqu'à ce que le soir vienne, et le fils du roi a demandé au petit homme vert où ils passeraient cette nuit-là. Le petit homme vert lui a dit qu'ils seraient dans la maison du frère du géant chez qui ils avaient passé la nuit précédente. Le fils du roi regardait autour de lui et ne voyait rien. Le petit homme vert lui a montré un grand château.

Le petit homme vert laissa le fils du roi d'Irlande, le chasseur, l'écouteur, le gardien de troupeau, le souffleur et le casseur de pierres au bout de l'avenue, et il est allé à la porte et a tira la chaîne de la cloche qui a fait un tel tintamarre qu’elle n’a pas laissé un enfant, un poulain, un pigeon, un cochon ou un blaireau qui ne se retourna trois fois dans son lit. Le géant qui habitait là est sorti et a dit:

_« Je sens l'odeur d’un Irlandais musicien et menteur couché dans mon petit coin de terre. »

_ « Je ne suis pas un Irlandais musicien ou menteur. Mais mon maître est là-bas, au bout de l'avenue, et s'il vient, il te décapitera." a répondu le petit homme vert.

Et avec cela, le petit homme vert commença à gonfler jusqu'à ce qu'il ait enfin la taille du château. La peur a envahi le géant et il a dit :

_ "Ton maître est-il aussi grand que toi ?"

_ "Il l'est", a dit le petit homme vert, "et bien plus grand encore."

_" Aide-moi à me cacher jusqu'au matin, jusqu'à ce que ton maître s'en aille, et je te donnerai tout ce que tu voudras." a dit le géant.


Le petit homme vert a pris le géant avec lui et l’a caché dans un grand chaudron qu’il a mis au fond d’une armoire fermée à clef. Puis il est sorti chercher le fils du roi. 

Et Le fils du roi d'Irlande, le chasseur, l'écouteur, le gardien de troupeau, le souffleur et le casseur de pierres sont entrés dans le château et ils ont passé cette nuit un tiers du temps à raconter des contes, un autre tiers à raconter des légendes et le dernier tiers à dormir.

Le lendemain, le petit homme vert a amené avec lui le fils du roi d'Irlande, le chasseur, l'écouteur, le gardien de troupeau, le souffleur et le casseur de pierres et il les a laissé au bout de l'avenue qui menait au château, et il retourné au château pour délivrer le géant et lui demander la vieille épée rouillée qui était sous son lit. Le géant a dit qu'il ne donnerait cette vieille épée à personne, mais qu'il lui donnerait volontiers une épée à trois tranchants qui ne laissait jamais de traces d'un coup derrière elle.

_ "Je ne veux pas de ça", a dit le petit homme vert, "je dois rapporter l'épée rouillée ; et si je ne l'obtiens pas, j’irais chercher mon maître, et il te coupera la tête."

_ "Il vaut mieux que je te la donne et quelle que soit la chose que tu frapperas avec cette épée elle s’y enfoncera comme dans du sable même si c'était du fer qu’elle frappe." A dit le géant, "

Puis il lui donna l'épée rouillée.




Et c'est ainsi que le fils du roi d'Irlande, le petit homme vert, le chasseur, l'écouteur, le gardien de troupeau, le souffleur et le casseur de pierres sont repartis et ils ont rattrapé le vent de mars qui courait devant eux, et quand le vent de mars était derrière eux, il ne les a pas rattrapés, jusqu'à ce que le soir et la fin du jour viennent et qu’ils arrivent dans le monde oriental, où habitait la dame dont les cheveux étaient aussi noirs que la tête du corbeau, sa peau aussi blanche que la neige, et ses deux joues aussi rouges que le sang..

La dame a demandé au fils du roi d'Irlande ce qu'il voulait, et il a répondu qu'il cherchait une femme pour épouse.

"Tu m’auras comme épouse", dit-elle, "si tu libères de mon « enchantement »


Alors le fils du roi d'Irlande, le petit homme vert, le chasseur, l'écouteur, le gardien de troupeau, le souffleur et le casseur de pierres se sont installés dans le château ce soir-là, et pendant la nuit la dame est venue près du fils du roi d’Irlande et lui a dit :

_"Voici des ciseaux, et si tu ne peux pas me les rendre demain matin, la tête sera coupée."

Puis elle a, discrètement, placé une épingle de sommeil sous la tête du fils du roi d'Irlande, et il s'est endormi. Et dès qu'il s'est endormi, elle lui a repris les ciseaux et les a donné au roi du poison, et elle a demandé au roi des poisons de lui garder les ciseaux jusqu’au matin. Puis elle est partie.

Mais, le roi du poison s'est endormi, et pendant qu'il dormait, le petit homme vert est venu, avec les vieux chaussons aux pieds, le bonnet sur la tête et l'épée rouillée dans sa main, et il a trouvé les ciseaux là où le roi du poison les avait rangés. Le petit homme vert a rendu les ciseaux au fils du roi d'Irlande, et quand la dame est revenue au petit matin, elle a demandé :

_ « Fils du roi d'Irlande, as-tu les ciseaux ? »

_ « Je les ai ».


La nuit suivante, la dame est revenue vers le fils du roi d'Irlande et lui a donné un peigne en lui disant que s'il ne lui rendait pas ce peigne le lendemain matin, sa tête lui serait coupée. Elle a placé, à nouveau, une épingle à cheveux sous sa tête, et il s'est endormi comme il s'était endormi la nuit précédente, et elle a repris le peigne qu’elle a donné au Roi du Poison, en lui disant de ne pas perdre le peigne comme il avait perdu les ciseaux.

 Dans la nuit, le petit homme vert est arrivé avec les vieilles pantoufles aux pieds, le vieux bonnet sur la tête, et l'épée rouillée à la main ; et le Roi du poison ne l’a pas vu emporter le peigne avec lui.

Le lendemain matin, quand le fils du roi d'Irlande s’est réveillé il s’est mis à pleurer pour avoir perdu le peigne.

_"Ne t'en fais pas, a dit le petit homme vert, je l'ai. Le voici"

Quand la dame s’est présentée, le fils du roi d’Irlande lui a donné le peigne et elle a été très étonnée.



Elle est revenue une troisième nuit et a dit au fils du roi d'Irlande de lui remettre le lendemain matin le peigne et la tête de celui qui avait été peigné avec ce peigne.

_"Saches, dit-elle, que si tu perds cette fois, ta tête sera tranchée."

Puis elle a mis l'épingle du sommeil sous sa tête et il s'est endormi. Alors, elle lui a volé le peigne qu’elle a donné au Roi du Poison en lui disant qu'il ne pouvait pas le perdre à moins que sa tête ne soit coupée. Le Roi du Poison a pris le peigne avec lui, l’a caché dans une grotte sous un rocher et y a mis soixante serrures. Puis le roi du Poison, en personne, s'est assis devant les serrures, sur le rocher, pour le garder.

Le petit homme vert est arrivé, avec les pantoufles et le bonnet, et il a frappé le rocher de pierre d'un coup de l'épée rouillée et l'a ouvert, puis il a frappé d'un second coup le Roi du Poison, et il lui a coupé la tête. Enfin il a rapporté le peigne et la tête du roi des poisons au fils du roi d’Irlande qu’il a trouvé éveillé, et pleurant après le peigne.

_"Voilà le peigne ", dit-il, "La reine va arriver tout de suite, et elle te demandera si tu as le peigne, et tu lui diras que tu l'as, et la tête qui a été peignée avec, et tu lui jetteras le crâne. »


Quand la dame est venue lui demander s'il avait le peigne, le fils du roi d’Irlande a dit qu'il l'avait, et la tête qui avait été peignée avec, il lui a jeté la tête du Roi du Poison.

Quand elle a vu la tête, la Dame était très en colère et elle a dit au fils du roi d'Irlande qu'il ne serait jamais son mari avant d'avoir trouvé un valet de pied (coureur) capable de battre son propre coureur à la course. Ils devraient aller chercher trois bouteilles du baume de guérison dans le puits du monde occidental. Et si c’était son propre coureur qui gagnait, le fils du roi d'Irlande aurait sa tête coupée.


La dame a convoqué une vieille sorcière pour être son coureur et elle lui a donné trois bouteilles vides. Le petit homme vert a ordonné de donner trois bouteilles vides à l'homme qui gardait le champ de lièvres. La sorcière et le gardien des lièvres sont partis avec leurs trois bouteilles. Le coureur du fils du roi d'Irlande était déjà à mi-route sur le chemin du retour vers la maison quand il a croisé la sorcière qui n'avait parcouru que la moitié du chemin aller.

_« Assieds-toi », a dit la sorcière au coureur de pied, lorsqu'ils se rencontrèrent, « et repose-toi, car nos deux tourtereaux viennent de se marier. Il est donc inutile de te briser le cœur en courant si vite. »

Elle avait apporté une tête de cheval avec une épingle de sommeil à l’intérieur, et l’a posée sous la tête de l’homme qui s'est endormi. La sorcière a échangé les bouteilles et s'en est allée.

Le petit homme vert était impatient de les voir arriver, et il a dit à l'écouteur :

_ « Mets ton oreille contre terre et dis moi s'ils arrivent. »

_ « J'entends la sorcière arriver mais le gardien de lièvres dort, et je l'entends ronfler. »

_ «Regarde partout», dit le petit homme vert au chasseur « jusqu'à ce que tu voies où se trouve le gardien des lièvres.


Le chasseur a vu le gardien des lièvres, endormi, avec le crâne de cheval sous la tête.

_ « Prends ton fusil, dit le petit homme vert, et chasse le crâne de dessous sa tête. »

Le chasseur a épaulé son fusil et a chassé le crâne de dessous la tête du gardien des lièvres. Le gardien des lièvres s’est réveillé et a découvert que les bouteilles qu'il avait à côté de lui étaient vides et qu'il lui fallait retourner au puits.


La sorcière arrivait en vue du château et le coureur de pied n'était toujours pas visible. Le petit homme vert dit au souffleur qui faisait tourner le moulin à vent avec sa narine :

_ « Lève-toi et essaie de remettre cette sorcière à sa place. »

Le souffleur a mis son doigt sur son nez et il a repoussé la sorcière alors qu’elle arrivait. Elle est revenue une seconde fois et il lui a fait la même chose. Chaque fois qu'elle s'approchait, il la renvoyait avec le vent qu'il soufflait par ses narines. Finalement, il a soufflé avec les deux narines et a ramené la sorcière jusque dans le monde occidental. Puis le gardien des lièvres du fils du roi d'Irlande est arrivé, et a été déclaré vainqueur.



La femme fut très en colère quand elle vit que son propre coureur n'était pas arrivé le premier. Elle dit au fils du roi : «

_ Tu ne m'épouseras pas tant que tu n'auras pas marché trois milles, sans chaussures ni bas, sur des aiguilles d'acier. »

Il y avait une route de trois milles de long, et des aiguilles d'acier acérées y étaient semées, aussi épaisses que l'herbe, leurs pointes tournées vers le haut. Le petit homme vert dit à l'homme qui cassait des pierres avec un seul talon :

_« Va et émousse les aiguilles. »

Cet homme a sauté dessus à cloche-pied et a brisé leurs pointes. Puis il a marché dessus avec ses deux talons et en a fait de la poudre. Le fils du roi d'Irlande a marché les trois milles, et il a gagné sa femme.

Le couple s’est marié alors, mais le petit homme vert devait avoir le premier baiser.



Le petit homme vert a emmené la femme dans une chambre pour obtenir son baiser. Le ventre de la dame était plein de serpents, et le fils du roi aurait été tué avec eux quand il se serait endormi auprès de sa femme, si le petit homme vert ne les avait pas retirés d'elle. Puis il s'est approché du fils du roi d'Irlande et lui a dit :

_« Tu peux partir avec ta femme maintenant : Je suis l'homme qui était dans le cercueil pour lequel tu as payé les dix livres ; et ces gens qui sont venus avec toi, ce sont des serviteurs que Dieu t'a envoyés pour te remercier de ton geste de bonté. »

Le petit homme vert et ses nouveaux amis s'en allèrent alors, et le fils du roi d'Irlande ne les revit plus jamais. Il ramena sa femme chez lui et ils vécurent heureux.